Comment le Maroc s’active pour livrer du gaz à l’Europe

Gazoduc Nigeria-Maroc (illustration)
Gazoduc Nigeria-Maroc (illustration)

L’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM) du Maroc et la Compagnie pétrolière nationale nigériane (NNPC) s’activent sur le projet de gaz qui sera transporté du Nigeria vers l’Europe. Ce gaz nigérian, qui va transiter par le Maroc, traversera quelque 11 pays d’Afrique de l’Ouest. Un projet d’envergure.

Le gazoduc Nigeria-Maroc, tel que conçu, partira du sud de ce pays d’Afrique de l’Ouest, notamment le bassin du delta du Niger pour rallier l’Afrique du Nord. Long de 6 000 km, pour un diamètre de 48 pouces en offshore et de 56 pouces en onshore, aura une capacité de transport de 30 milliards de mètres cubes de gaz par an. A partir du royaume chérifien, le gaz sera acheminé vers l’Europe via les infrastructures existantes, notamment le GME (Gazoduc Maghreb-Europe)

Ce projet grandeur nature n’est en réalité qu’une extension du gazoduc de l’Afrique de l’Ouest qui, selon Timipre Sylva, ministre d’État nigérian aux Ressources pétrolières, achemine déjà du gaz du Nigeria jusqu’au Ghana. «Nous voulons poursuivre ce même gazoduc jusqu’au Maroc en longeant la côte», précise ce membre du gouvernement nigérian, ajoutant qu’à partir du royaume chérifien, le gazoduc sera «relié au marché européen».

«La guerre en Ukraine redessine les réseaux énergétiques mondiaux»

Ainsi, ces deux pays africains s’allient pour «construire le plus long pipeline offshore du monde», pour reprendre les termes de Tolu Ogunlesi, conseiller média du Président nigérian, Muhammadu Buhari. C’est dans ce cadre que les autorités marocaines et nigérianes ont attribué le contrat de conseil en gestion à ILF Consulting et Doris Engineering, à travers les sociétés publiques des hydrocarbures du Nigeria (NNPC) et du Maroc (ONHYM).

L’accélération de ce projet intervient à un moment où l’Europe est menacée de récession avec une crise du gaz en perspectives. «La guerre en Ukraine redessine les réseaux énergétiques mondiaux. Le G7 discute d’un éventuel plafonnement des prix du pétrole et du gaz russes. L’Europe veut se sevrer de sa dépendance au gaz russe et a réduit ses importations de 40% à 24% de son approvisionnement total», analyse Stéphane Monier, directeur des investissements chez Lombard Odier.

Le gazoduc Nigeria-Maroc-Europe pourrait jouer un rôle majeur

Selon cet expert, «à court terme, trouver des sources d’approvisionnement alternatives n’est pas aisé, et la mise en place de nouvelles sources d’énergies renouvelables prend du temps. Depuis l’invasion de l’Ukraine, les États-Unis ont augmenté leurs livraisons de gaz naturel liquéfié (GNL) vers l’Europe, triplant leur part par rapport à 2021, pour atteindre en mai 15% du total des approvisionnements». Sauf que la capacité de production américaine a été affectée par l’incendie d’une usine au Texas.

«Les autres sources de GNL sont confrontées à une demande extrêmement élevée, et les terminaux d’importation européens fonctionnent déjà à plein régime. Avec la réouverture de son économie, la Chine se profile comme une concurrente sérieuse de l’Europe sur ce terrain», poursuit M. Monier dans son analyse, faisant apparaitre des craintes que le «nationalisme ne triomphe : le Royaume-Uni parle déjà de couper l’approvisionnement à l’Europe en cas d’urgence». L’Afrique pourrait être une solution. Et le gazoduc Nigeria-Maroc-Europe pourrait jouer un rôle majeur.

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