Comment l’Algérie profite du départ d’Abou Dhabi de l’OPEP


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Puit de pétrole
Puit de pétrole

Le départ des Émirats arabes unis de l’OPEP et de l’OPEP+ fragilise le cartel pétrolier, mais il offre aussi à l’Algérie une occasion de renforcer son poids politique. Dans un contexte marqué par les tensions autour du détroit d’Ormuz et la crise iranienne, Alger apparaît comme un producteur stable, méditerranéen et fidèle à la discipline collective.

Une OPEP affaiblie, une Algérie plus visible

Le départ des Émirats arabes unis de l’OPEP et de l’OPEP+, effectif ce 1er mai 2026, constitue un choc pour l’organisation. Abou Dhabi n’est pas un membre secondaire : les Émirats faisaient partie des grands producteurs du cartel et réclamaient depuis plusieurs années plus de liberté pour augmenter leur production, après d’importants investissements dans leurs capacités pétrolières. Leur retrait affaiblit donc mécaniquement l’influence de l’OPEP+ sur le marché mondial, même si l’alliance ne semble pas menacée d’effondrement à court terme.

Alger a immédiatement réaffirmé son « engagement plein et constant » envers l’OPEP et ses partenaires de l’OPEP+, en présentant l’organisation comme un instrument central de stabilité des marchés. Au moment où un acteur majeur du Golfe quitte le cartel, ce repositionnement place l’Algérie du côté de la continuité et de la responsabilité collective.

L’Algérie ne peut évidemment pas remplacer les Émirats en barils. Sa production reste  inférieure à celle des grands producteurs du Golfe. Mais dans une OPEP fragilitée, le poids d’un pays ne se mesure pas seulement aux volumes : la fiabilité et l’utilité dans les compromis comptent autant. Début avril, huit pays de l’alliance, dont l’Algérie, avaient acté une hausse graduelle de production de 206 000 barils par jour pour mai 2026, tout en précisant que ces ajustements pourraient être révisés selon l’état du marché. Cette prudence a pour objectif de soutenir les prix sans provoquer de rupture brutale.

Ormuz, l’atout géographique d’Alger face aux autres producteurs africains

Les tensions autour du détroit d’Ormuz renforcent encore cette position. Le blocage de cette route stratégique pèse lourdement sur les exportations du Golfe. L’Agence internationale de l’énergie a décrit la crise récente comme une perturbation majeure de l’offre mondiale, avec une chute de l’approvisionnement global et de fortes tensions sur les marchés.

L’Algérie n’a pas cette problématique liée a Ormuz. Ses hydrocarbures sortent par la Méditerranée, via ses terminaux et ses infrastructures tournées vers l’Europe. Dans un marché inquiet et tant que dure le blocage du détroit cette géographie devient un avantage concret. En effet, Alger est un fournisseur plus accessible et moins exposé aux risques maritimes du Golfe, tout en restant intégré à l’OPEP+. Plus la crise dure, plus cette position prend de valeur. La hausse des prix peut également soutenir les recettes algériennes a travers les rentrées en devises et améliorer les équilibres budgétaires, même si un baril trop élevé trop longtemps risque de ralentir l’économie mondiale et de réduire la demande.

Les autres grands producteurs africains n’ont pas le même profil. Le Nigeria reste le premier producteur du continent, mais peine à atteindre ses objectifs en raison des difficultés d’infrastructures, de sécurité et d’investissement. La Libye dispose, elle aussi, d’un avantage géographique méditerranéen et bénéficie même d’une exemption de quotas OPEP+ en raison de sa situation politique, mais cette souplesse reste dépendante d’une stabilité interne rarement garantie. Enfin, l’Angola, de son côté, a quitté l’OPEP au 1er janvier 2024 après un désaccord sur les quotas et a perdu le levier politique.

L’Algérie n’est ni le premier producteur africain, ni le plus libre dans ses volumes. Mais elle cumule deux avantages que peu d’autres détiennent simultanément : elle reste dans le jeu OPEP+ au moment où celui-ci se resserre, et elle dispose d’une géographie énergétique épargnée par le choc d’Ormuz. Dans cette crise, Alger ne gagne pas de parts de marché spectaculaires mais elle consolide une réputation de partenaire prévisible, ce qui, dans les négociations pétrolières, finit toujours par avoir un prix.

Idriss K.Sow
Journaliste-essayiste mauritano-guinéen, il parcourt depuis une décennie les capitales et les villages d’Afrique pour chroniquer, en français, les réalités politiques, culturelles et sociales de l'Afrique
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