Comète cherche firmament

Samantha Toussaint débarque en planète mode. La mystérieuse mannequin de 19 ans rêve d’une carrière internationale à New York. Même si être noire ne facilite pas les choses. Samantha espère ne pas être une simple comète dans le milieu.

Samantha-la-belle est mannequin et c’est bien la seule chose dont on soit sûr à son propos. Au premier abord, avec son visage un peu rond, ses lèvres pleines, sa peau ébène et sa coupe afro, on la situerait princesse d’Afrique centrale. Elle, s’amuse à brouiller un peu plus les pistes : :  » Je suis plutôt de type brésilien ou éthiopien « . Samantha Toussaint, née en France,  » dans le 94  » (Val de Marne), est l’heureux mélange d’un père guadeloupéen  » très noir aux traits fins  » et d’une mère  » à la peau claire, elle-même fille d’une  » Coolie « , ces anciens Indiens des Antilles, mi-hindous mi-noirs « . Résultat :  » On me demande toujours d’où je viens !  »

La première énigme levée, reste celle de l’âge. Sur les photos, Samantha dégage une maturité étonnante. 25 ans ? Non, 19 tout juste. Ses 1,75 m et son look de jeune collégienne en goguette (débardeur, jean moulant, tennis  » requin « ), contrastent avec le sex-symbol photogénique qu’elle représente dans son book.

Coupe afro

A 19 ans donc, Samantha est sortie de l’adolescence par la porte mannequinat et attend l’ascenseur pour le succès.  » Pour l’instant, je débute. J’ai commencé à travailler en décembre 2001. Je sais que je suis considérée comme le  » bébé  » qui arrive dans le milieu.  » Après des clips, des défilés de jeunes créateurs et quelques séries photos, pas question pour elle d’être un mannequin  » de base « .

 » Ça ne vaut pas le coup de lâcher ses études pour une carrière médiocre « , soutient-elle. Du coup, les études, elle ne les a jamais vraiment arrêtées et cherche aujourd’hui une fac de communication parce que tout le monde la décrit comme  » bavarde  » avec  » le contact facile « . Pour autant, et même si ses parents la trouvent  » jolie  » sans mesurer ce que les pros appellent  » le potentiel « , la jeune femme sait qu’elle a ses chances.

 » Je n’ai pas le type de visage des autres mannequins black.  » Ce qu’appuie Rama, bookeuse de l’agence Fashion Victim :  » Les mannequins noirs dont nous nous occupons sortent du lot. Ce ne sont pas des stéréotypes. Samantha est loin du cliché des Africaines qui portent des rajouts. Elle a une afro, elle a de la personnalité, elle est atypique.  » La coupe afro, c’est la carte de visite de Samantha.  » Depuis la campagne de pub de la marque Diesel l’année dernière, qui a remis l’afro au goût du jour, c’est vraiment à la mode. Je n’aurais jamais pensé que je plairais avec mes cheveux naturels mais ça m’arrange : ça m’évite de me coiffer !  »

Quotas tacites

Samantha apprend peu à peu à avoir confiance en elle. Elle a fini par croire les gens qui lui disent qu’elle est belle.  » A 17 ans, j’ai remporté le concours du magazine Casting, devant des blondes d’1m80, ça m’a donné confiance.  » Pas pour longtemps :  » J’ai démarché les agences et lorsque je disais que j’étais noire, je n’étais même pas invitée à me présenter… « . Samantha dénonce les quotas tacites des agences de mannequins qui refusent de prendre plus de trois ou quatre Noires (voire moins) et regrette :  » Mes copines blondes trouvent plus de boulot que moi.  » En mode, comme en solfège, une Blanche vaudrait-elle plusieurs Noires ?

 » Les Blacks sont rarement choisies pour leur beauté. Elles le sont pour leur  » type  » ou parce que leurs muscles sont plus saillants…  » Triste constatation, doublée d’une conviction amère :  » En France, ce n’est pas possible de faire carrière quand on est noire. Celles qui ont réussi ou réussissent sont à New York. Le marché parisien est trop limité.  »

Avant de s’envoler vers d’autres cieux, Samantha se réjouit pourtant de son sort et traque ses consoeurs noires dans les pages des magazines. Un jour viendra où une Noire vaudra une Blanche. Pas du tout comme en musique.