Combattre l’oisiveté pour éloigner la jeunesse congolaise du sida

Les jeunes sont plus fréquemment infectés par le virus du sida pendant les vacances. A Brazzaville, la capitale du Congo, le ministère de la Jeunesse et le Conseil national de lutte contre le Sida ont organisé une Kermesse sida vacances (Kersivac) afin de les distraire et sensibliser durant cette période.

Devant le stand d’une kermesse organisée dans un quartier populaire de Brazzaville pour sensibiliser les jeunes de la capitale congolaise sur le VIH, deux amis de 17 et 18 ans sont heureux de se retrouver : la fin de l’année scolaire, en juin, les avait éloignés l’un de l’autre.

« Les kermesses sont toujours organisées pendant les vacances sur différents sites de Brazzaville, mais celle-ci est particulière puisqu’elle traite d’un seul thème, le sida, une maladie qui concerne tout le monde », a dit à IRIN/PlusNews Habib Koumba*, l’un de ces deux jeunes, en étreignant chaleureusement son camarade de classe.

« Que de telles occasions se multiplient pour nous permettre de compléter nos leçons apprises en classe », a-t-il lancé, disant approuver la décision des autorités d’interdire la consommation de l’alcool, considéré comme un excitant, pendant la kermesse.

Organisée dans la cour d’une école située en plein cœur du bouillonnant quartier de Ouenzé, cette kermesse, qui s’est tenue au cours de la première quinzaine d’août, a été initiée par le ministère de la Jeunesse et le Conseil national de lutte contre le Sida (CNLS).

Les jeunes plus vulnérables au sida pendant les vacances scolaires

L’idée de la Kermesse sida vacances (Kersivac) est venue du constat que la plupart des jeunes manquaient de distractions pendant la période des vacances scolaires, selon les organisateurs.

«Plusieurs études ont montré que, pour les jeunes scolarisés, la période de vacances s’accompagne d’une accentuation de leur vulnérabilité au VIH. Il n’est pas rare de voir des jeunes filles qui reviennent à la rentrée des classes avec des grossesses non désirées », a expliqué Marie-Francke Puruehnce, secrétaire exécutive du CNLS. « En l’absence de distraction, les jeunes ont tendance à se livrer, de manière plus fréquente aux activités sexuelles et le plus souvent sans protection ».

Une étude publiée en 2007 par le ministère en charge de la Promotion de la femme sur les « Connaissances, attitudes, pratiques et comportements des adolescents face à la sexualité, la procréation et le VIH/SIDA » a confirmé que les vacances étaient une période de tentation.

Financée par le Fonds des Nations Unies pour l’enfance, UNICEF, avec l’expertise technique de l’ONG Association congolaise pour le bien-être familial, cette enquête, menée auprès de plus d’un millier d’adolescents, garçons et filles, dans plusieurs des principaux centres urbains du pays, a révélé que la majorité des filles avaient eu leur premier rapport sexuel entre 12 et 15 ans, et à 14 ans pour les garçons.

De l’avis des médecins, 70 à 80 pour cent de lits d’accouchement des hôpitaux sont occupés par de jeunes adolescentes, dont bon nombre ont contracté leur grossesse pendant les vacances.

« Les adolescentes ‘‘ramassent’’ les grossesses au cours des vacances parce que cette période qui va de juin à septembre est marquée par le grand froid », a noté Médard Lekoli, infirmier dans un hôpital de Brazzaville. « Les jeunes filles pensent que la meilleure façon de se protéger contre le froid est de se livrer aux rapports sexuels ».

La première édition de Kersivac a été marquée par des exposés, des conférences-débats, la promotion du préservatif made in Congo ‘’Ami 3’’ et des représentations théâtrales.

Plus de 13.000 jeunes de 15 à 25 ans –qui constituent, selon l’enquête de séroprévalence de 2003, la couche la plus exposée à la maladie- ont assisté à cette kermesse, au cours de laquelle 625 personnes ont fait le dépistage volontaire, pour un taux d’infection d’environ deux pour cent, selon le CNLS.

* Noms d’emprunt

Photo: Laudes Mbon/IRIN