Climat des affaires au Sénégal : état des lieux

Comme chacun sait, des rumeurs de corruption, relatives à l’attribution de deux champs pétroliers et gaziers, secouent l’actualité économique et politique sénégalaise et embrasent un pays dont la stabilité et l’alternance démocratique ont souvent valeur d’exemple en Afrique francophone.

Bien entendu, nous ne rentrerons pas dans le fond de cette affaire et laisserons les principaux intéressés, ainsi que les partisans des deux camps, prendre position et poursuive les déclarations, conférences de presse et joutes verbales, en apportant les arguments et les contre arguments nécessaires à l’éclosion de la vérité.

Néanmoins, un élément positif découle d’ores et déjà de cet imbroglio. En effet, l’arrivée sur la place publique d’un débat, sur un sujet aussi sensible que la gestion controversée par la gouvernance de ses ressources naturelles, apporte la confirmation de la bonne santé de la liberté de la presse au Sénégal.

A ce propos, le baromètre mondial de l’organisation « reporters sans frontières » place le pays de la Teranga, pour les années 2018 et 2019, en 2eme position des nations d’Afrique francophone et le fait progresser de 22 places depuis 2015 sur ce qui reste l’un des principaux fondamentaux de nos démocraties : la liberté d’expression et d’information.

Sans préjuger de la suite de ces péripéties, il me semble important de prendre un peu de recul et de s’interroger objectivement sur l’évolution récente du climat des affaires au Sénégal, deuxième économie en « UEMOA » de par son produit intérieur brut.

En excluant tout jugement de valeur relatif au bien-fondé des accusations de malversations, on ne peut que constater que l’ONG « transparency international », fondée en 1993, n’a pas hésité à pointer les progrès substantiels réalisés par ce pays depuis 2012.

En effet, selon son fameux « indice de perception de la corruption », qui fait référence en la matière, le Sénégal fait le gain en cinq ans de 9 points et de 27 places, le situant aujourd’hui en 8ème position du continent, loin devant la Côte d’ivoire ou le Bénin …

De surcroît, avec un total de 45 points obtenus dans le cadre de cet indicateur, le score du Sénégal devance largement la moyenne des 54 pays d’Afrique (32 seulement pour l’exercice 2018).

Par ailleurs, mon expérience, de plus de six ans, de la gestion d’entreprise en Afrique m’a enseigné que l’attractivité d’une destination pouvait se décliner selon des critères divers et variés, parmi lesquels se trouvent la modernisation de l’administration locale et sa capacité à proposer des procédures ergonomiques et transparentes.

Ainsi, le Sénégal pilote depuis quelques années un vaste chantier de dématérialisation des formalités administratives. Cela concerne notamment :

  • Les douanes, avec le système informatique « Orbus 2000 » qui permet les échanges électroniques entre les différents intervenants.
  • L’administration fiscale, avec la nouvelle application « E-tax » conçue en 2013. A titre d’exemple, toutes les entreprises réalisant plus de 2 milliards de francs CFA de chiffre d’affaires annuel sont désormais tenues de satisfaire à leurs obligations « en ligne » (déclaration et paiement).

Ces « téléprocédures » visent bien évidemment à diminuer les coûts de fonctionnement, à faciliter et à sécuriser les démarches pour les investisseurs, mais participent aussi à une plus grande mobilisation des recettes de l’état en réduisant les phénomènes d’évasion et de corruption grâce à une meilleure traçabilité des opérations.

Des notations assez flatteuses, attribuées par des organismes internationaux dont les études et analyses font foi, viennent étayer la bonne tenue du climat des affaires au Sénégal.

Axant ses activités et ses efforts sur le rôle essentiel de la gouvernance sur le continent africain, la fondation Mo Ibrahim l’a récemment positionné au 10ème échelon continental devant le Kenya, la Tanzanie ou la Zambie.

Plus précisément, son indice « IIAG », évalué selon des critères d’état de droit, de développement économique durable, de droits de l’homme ainsi que de développement humain, souligne la constance des avancées de la lutte contre la pauvreté et pour l’amélioration des conditions sanitaires dans ce pays d’Afrique de l’ouest sur la dernière décennie.

D’importantes embellies en termes d’accès à l’électricité des populations et des entreprises ont également été saluées par le rapport 2018 de la fondation Mo Ibrahim, ainsi que la baisse de la fréquence des coupures de courant (moins de 45 heures durant l’année).

La Banque mondiale fait progresser le Sénégal de 7 rangs en 2018, en le hissant à la 140ème place de son classement « doing business » et en faisant l’une des 5 nations de la planète ayant entrepris le plus de réformes de facilitation des affaires.

Tout ceci se traduit par une évolution très favorable des investissements directs étrangers, dont l’augmentation des flux constitue un atout indéniable pour l’émergence économique et l’essor des classes moyennes au sud du Sahara.

Le cabinet de recherche Quantum global a révélé, il y a quelques mois, l’entrée du Sénégal dans son « top 10 » des destinations africaines les plus attrayantes pour les IDE alors que, dans le même temps, la Namibie, la Tanzanie et le Burkina Faso en ont été exclus.

De manière plus pragmatique, le seuil des 500 millions de dollars d’IDE au Sénégal a été dépassé en 2016, ce qui constitue un record depuis l’année 2009. En outre, alors que pour des raisons historiques la France en était, pendant très longtemps, le principal pourvoyeur, ces flux financiers proviennent aujourd’hui d’horizons divers tels que l’Italie, l’Allemagne, la Malaisie, les USA, le Maroc, l’Inde ou la Turquie.

En conclusion, même si des progrès importants sont attendus en termes d’amélioration de l’environnement professionnel et surtout du niveau de vie des populations, le Sénégal demeure une valeur sûre d’Afrique francophone non seulement pour les investisseurs étrangers mais aussi pour ceux émanant d’une diaspora de plus en plus tentée par un retour au pays. Il serait dommageable que la genèse et la poursuite de la polémique, liée à des transactions financières suspectes, nous le fassent perdre de vue.

Christian Kazumba
Conseil en management et organisation pour des entreprises implantées en Afrique