Chirac pour une « mondialisation sociale »


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C’est à New-York, au siège des Nations-Unies, que le Président français Jacques Chirac vient de plaider pour un impôt mondial pour financer la lutte contre les effets économiques injustes de la mondialisation. Un premier pas vers une « gouvernance économique globale » qui jugulerait le libre jeu des marchés internationaux ?

La courte visite de Jacques Chirac à New-York ne lui aura pas permis, pour des raisons d’agenda, de rencontrer son homologue George W Bush. Mais elle lui aura donné l’occasion de réaffirmer avec force une « ligne française » en matière de politique internationale, sur un des sujets les plus sensibles : l’économie, la liberté du marché et la régulation des effets du capitalisme sur les inégalités entre les peuples.

A l’autre bout de Manhattan, qui porte encore visible la cicatrice des deux tours jumelles abattues par la folie des terroristes, le Président français a redit sa conviction que « l’égoïsme se paie en révoltes des hommes ». Parce qu’une société mondiale fondée sur la loi du plus grand profit et l’accaparement des richesses ne saurait faire autre chose que nourrir le ressentiment et construire les conditions d’un terrorisme mondial toujours renouvelé, le Président français a conduit un pas plus loin la réflexion qu’il mène depuis plusieurs années sur les évolutions internationales à favoriser, pour juguler la montée universelle de l’insécurité, économique, civique, militaire.

Rien n’est inexorable, semble dire le chef de l’Etat français, au milieu d’un monde de manipulation médiatique et d’arrogance militaire. Ce que nous devons traiter, c’est l’insupportable manque d’équité entre les peuples : « Il nous faut donner un nouveau souffle au dialogue social à l’échelle mondiale, promouvoir une éthique sociale de la mondialisation ».

Impôt planétaire

Les propos de Jacques Chirac ont rencontré de nombreux échos au sein de la Conférence mondiale sur les effets économiques et sociaux de la mondialisation, réunie dans les locaux de l’Organisation des Nations Unies : « Une mondialisation qui tolèrerait la prédation et l’accaparement de ses fruits par une minorité n’a pas d’avenir. Une mondialisation qui détruirait les équilibres sociaux et environnementaux, écraserait les plus faibles, nierait les droits de l’Homme, n’a pas d’avenir… » Mais cela aurait pu constituer un discours de Cassandre, dont on sait que les prédictions fatales sur la mort de Troie restèrent sans lendemain…

Le pas décisif franchi par le Président français tient à une proposition révolutionnaire : l’idée d’une fiscalité planétaire, qui prélèverait une partie des bénéfices économiques produits par la mondialisation pour en assurer la redistribution en faveur des pays les plus pauvres, pour accélérer leur développement et les faire profiter directement des nouveaux courants de richesse. L’objectif est clairement tracé : « Mettre une fraction des richesses engendrées par la mondialisation au service de l’élimination de la pauvreté ». Un objectif auquel se rallient avec netteté les deux principaux interlocuteurs de Jacques Chirac à New-York : le Président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva et le secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan.

Nul doute que le discours de Jacques Chirac, esquissant « une voie française vers la mondialisation », y compris économique, aura mis un peu de baume au cœur de tous ceux qui se désolent de l’affaiblissement de l’Onu dans la crise irakienne et de son instrumentalisation au profit des intérêts directs des Etats-Unis d’Amérique. Parce qu’un autre avenir est possible.

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