Chinois – Algériens : le grand malaise

Les Chinois ne seraient-ils plus les bienvenus en Algérie ? Des heurts ont éclaté cette semaine entre les Algériens et la population de l’empire du Milieu, provoquant l’inquiétude de Pékin. Les autorités chinoises ont exhorté, jeudi, Alger à prendre des mesures. Une situation qui pourrait compromettre les relations entre la Chine et l’Algérie.

Les affrontements qui ont éclaté lundi entre des Chinois et des Algériens dans le quartier Bab Ezzouar, à Alger, suscitent de nombreuses réactions. Pour la première fois, le gouvernement de l’empire du Milieu est sorti de son mutisme et s’est exprimé. Pékin a appelé, jeudi, le gouvernement algérien à prendre des mesures, à punir les responsables de cette rixe et « à éviter que de tels incidents se reproduisent ». Des propos qui tranchent avec l’attitude, d’ordinaire effacée, des autorités chinoises. Cet appel trahit leur inquiétude sur cet « incident » qui menace leurs ressortissants et leurs intérêts économiques en Algérie.

Made in China

Depuis 2004, l’empire du Milieu est très présent dans ce pays du Maghreb. La majorité des grands chantiers de construction (routes, logements, barrages…) en Algérie ont été attribués à des groupes chinois de BTP dont le géant China State Construction et Engineering Corporation (CSEC). Et de grandes compagnies pétrolières comme la Sinopec (China Petroleum and Chemical Corporation) ont récemment signé d’importants contrats. Une coopération économique qu’il convient de préserver. Du coup, Pékin demande à ses concitoyens de calmer le jeu. Il a exhorté les Chinois vivant dans le pays « à prêter attention à leur sécurité » et leur a rappelé de « respecter les lois et les coutumes locales ». Un discours qui n’est pas du goût de Song, un jeune chinois travaillant comme traducteur pour une entreprise de BTP dans la proche banlieue d’Alger : « Toutes les personnes que je connais sont très respectueuses des Algériens et de leur religion. Le gouvernement nous fait des reproches alors que nous subissons des agressions depuis longtemps et qu’il n’a jamais rien fait », s’insurge-t-il.

Les Chinois dans l’insécurité

Depuis les violences de lundi qui ont fait plusieurs blessés, le gouvernement a déconseillé à ses ressortissants de sortir dans les rues. « J’habite dans le chantier où je travaille et mon patron m’a conseillé de ne pas traverser la rue, là où il y a des boutiques d’alimentation tenues par des Algériens. Mais je sors quand même », explique Song à Afrik.com. Trente cinq mille immigrés chinois vivent actuellement en Algérie. La plupart d’entre eux travaille sur les chantiers de construction ou sont commerçants. Mais leur présence massive nourrit un ressentiment au sein d’une population locale dont 70% des moins de 30 ans sont au chômage. Aussi, une majorité de Chinois se sente en insécurité dans ce pays comme en témoigne Song, arrivé en Algérie il y a quatre ans : « J’ai presque toujours un couteau dans la poche. Quand je sors, je ne suis jamais vraiment tranquille. Quand j’habitais dans un quartier populaire d’Alger, je me suis fait agresser trois fois ». Pour lui, ces affrontements entre ses concitoyens et les autochtones ne datent pas d’hier. Déjà, pendant le ramadan, l’année dernière, « six agressions avaient eu lieu en une seule journée ».

« Les Chinois ont abusé de la gentillesse des Algériens »

Du côté algérien, on prône l’auto-défense, comme lors de cette rixe qui s’est déroulée en début de semaine, après une altercation entre un Chinois et un jeune homme à qui il reprochait d’avoir garé sa voiture près de son magasin, et dont le frère est venu l’aider. Selon plusieurs témoins, une cinquantaine de Chinois, lourdement armés, étaient ensuite arrivés sur les lieux pour porter secours à leur compatriote. « Les Chinois ont abusé de la gentillesse des Algériens. On les a accepté malgré leurs défauts, aujourd’hui ils nous agressent chez nous », a déclaré Mounir à l’AFP. « Ils boivent de l’alcool devant leurs boutiques au vu et au su des Algériens et s’exhibent parfois en short dans le quartier. Ce sont des comportements contraires à notre religion et notre culture », a précisé Abdellah, un autre habitant du quartier. Des critiques que Song explique par « un sentiment de concurrence et de jalousie ». A Bab Ezzouar, à Alger, plus de 200 commerces appartiennent à des Chinois. « Leurs produits sont vendus à des prix très compétitifs, ils sont ouverts tous les jours, donc ils gagnent de l’argent. Ce qui déplaît aux Algériens », observe-t-il.

Ces heurts risquent de compromettre les relations entretenues entre l’empire du Milieu et l’Algérie. Ils témoignent d’une tension endémique entre les Chinois et les Algériens. Une animosité qui pourrait s’intensifier si la crise économique perdurait.