Cheikh Hamidou Kane s’en va, son université numérique compte 74 000 étudiants


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Cheikh Hamidou Kane illustration
Cheikh Hamidou Kane illustration

Cheikh Hamidou Kane, l’auteur de L’Aventure ambiguë est mort samedi soir à Dakar, à 98 ans. Depuis 2023, son nom désigne l’université numérique publique du Sénégal, devenue l’une des principales portes d’entrée des bacheliers vers l’enseignement supérieur. Soixante ans après la parution de son roman sur l’école, l’établissement traverse une année difficile.

Cheikh Hamidou Kane est décédé samedi 3 octobre au soir à Dakar. L’Agence de presse sénégalaise (APS) a annoncé sa disparition le lendemain. La levée du corps était prévue dimanche à 16 heures à l’hôpital de Fann, avant une inhumation au cimetière de Yoff.

Le président Bassirou Diomaye Faye a salué un écrivain qui a donné à des générations d’Africains « les mots pour penser » une question toujours ouverte, celle de s’approprier le savoir du monde sans renoncer à soi-même. Ousmane Sonko a évoqué « une voix majeure de notre littérature et de notre pensée ». L’ancien président Macky Sall a lui aussi rendu hommage à l’écrivain.

Un hommage rendu de son vivant

C’est Macky Sall qui avait décidé, en janvier 2023, de donner le nom de l’écrivain à l’Université virtuelle du Sénégal (UVS). Le décret du 6 mars 2023 a officialisé la nouvelle appellation : Université numérique Cheikh Hamidou Kane (UN-CHK). Il est rare qu’un établissement public de cette taille porte le nom d’un auteur encore en vie.

Créée en 2013, l’UVS devait ouvrir l’enseignement supérieur au plus grand nombre grâce aux outils numériques. Partie d’environ 2 000 étudiants, elle affiche aujourd’hui 73 797 inscrits sur son site officiel. Elle est devenue la deuxième université publique du pays par les effectifs, derrière l’université Cheikh-Anta-Diop. Ses étudiants suivent les cours à distance ou dans des espaces numériques ouverts répartis dans les régions.

La croissance rapide des effectifs a un coût. En avril 2026, plusieurs médias rapportaient que des milliers de nouveaux orientés attendaient encore leur ordinateur et le démarrage effectif des cours. En mai, la section du Syndicat autonome de l’enseignement supérieur (SAES) de l’université alertait sur un risque d’année blanche. La rentrée 2025-2026 n’a finalement été lancée officiellement que le 1er juillet 2026, avec l’engagement d’accélérer les enseignements pour rattraper le retard.

Samba Diallo et l’école des Blancs

Publié chez Julliard en 1961, L’Aventure ambiguë reçoit le Grand Prix littéraire d’Afrique noire l’année suivante. Le roman suit Samba Diallo, enfant de l’aristocratie du pays des Diallobé, que son maître coranique destine à lui succéder. La Grande Royale, sœur du chef, choisit de l’envoyer à l’école des Blancs, où l’on apprend, dit-elle, « l’art de vaincre sans avoir raison ». Parti étudier la philosophie à Paris, le jeune homme s’y éloigne peu à peu des repères spirituels de son enfance.

Le livre puise dans la propre trajectoire de son auteur. Né le 2 avril 1928 à Matam, dans le Fouta-Toro, au sein d’une famille peule, Cheikh Hamidou Kane fréquente d’abord l’école coranique avant de rejoindre l’école française vers dix ans. Il obtient ensuite des licences de droit et de philosophie à la Sorbonne, puis sort diplômé de l’École nationale de la France d’Outre-mer en 1956.

Du gouvernorat de Thiès au ministère du Plan

Rentré au Sénégal en 1959, il est nommé gouverneur de la région de Thiès en 1960, puis haut-commissaire général au Plan et ministre du Plan en 1962. Il quitte ce poste lors de la crise entre Léopold Sédar Senghor et Mamadou Dia. Sa carrière se poursuit à l’Unicef, comme directeur régional à Lagos puis à Abidjan, et au Centre de recherches pour le développement international à Ottawa. Il revient au gouvernement en 1978 comme ministre du Développement industriel et de l’Artisanat, avant de diriger le ministère du Plan et de la Coopération de 1981 à 1988.

Son second roman, Les Gardiens du temple, ne paraît qu’en 1995. Il a reçu en 2019 le Grand Prix des Mécènes. Afrik.com avait consacré un portrait à sa petite-fille, l’écrivaine Ndèye Fatou Kane.

Criss Bailly
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Criss Bailly est un journaliste collaborant avec afrik.com, où il couvre une large palette de sujets allant de la politique à la culture, en passant par la santé et la société. Ses articles abordent des thématiques variées, telles que la responsabilité sociétale des entreprises en Afrique, la situation épidémiologique du Covid-19 au Gabon, ou encore des enquêtes sur des scandales internationaux impliquant des figures publiques. Il met également en lumière des figures marquantes du continent, comme l’écrivain Serge Bilé ou la chanteuse Dobet Gnahoré, à travers des interviews et des analyses approfondies. Son travail reflète un engagement à décrypter les dynamiques africaines contemporaines, tout en donnant une voix aux acteurs influents du continent.
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