Charlie Hebdo/islamophobie en France : le double jeu des politiques français

C’est l’histoire d’une hystérie politique qui n’en finit plus. Stigmatisant toujours plus les musulmans de France, les politiques français s’apparentent au pompier pyromane qui attise les flammes de l’islamophobie sous couvert de bonnes intentions.

Dernier événement en date, l’ex-candidate UMP à la mairie de Paris, Nathalie Kosciusko-Morizet (NKM) s’est inquiétée, lundi 2 février 2015, sur BFM TV que certains enfants de confession musulmane arrivent souvent en retard à l’école à Mulhouse. Ils seraient obligés d’aller à la Mosquée avec leurs parents avant d’aller en classe. Quand ils sont convoqués, ces derniers « expliquent qu’il y a des autorités religieuses supérieures » à celle de l’école, selon la numéro 2 de l’UMP. Après un démenti de l’inspection académique, NKM a exprimé ses « plus vifs regrets ».

Posture médiatique

C’est à se demander qui des différents partis politiques joue le plus la carte de la stigmatisation des musulmans. Le Parti socialiste (PS) et l’UMP sont actuellement en émoi au sujet de l’élection législative partielle dans le Doubs. Une candidate du Front national est arrivée au second tour face à la candidate PS. Elle est en passe de se faire élire après être arrivée en tête au premier tour. L’UMP, en pleine réflexion, hésite à se joindre à un « Front républicain » au côté du PS contre le Front national (FN).

Le parti d’extrême-droite est accusé par les mêmes d’instrumentaliser l’immigration, de populisme en tentant d’agiter la peur de l’étranger à son profit, qui serait responsable de tous les torts. Entre fausse posture médiatique et outrage sélectif, la dernière sortie de la député de l’UMP montre que les partis « traditionnels » ne sont pas en reste.

« Traquer » ceux qui ne sont pas Charlie

Le gouvernement et certains médias se sont empressés de classer la population française en deux camps, juste après l’attentat au siège de Charlie Hebdo, le 7 janvier dernier. Le mot d’ordre a été de « traquer » ce qui ne sont pas Charlie. Il a notamment été lancé par la responsable du service politique de France 2 ainsi que par le président de l’UMP, Nicolas Sarkozy[[Extrait de l’interview de Nicolas Sarkozy par David Pujadas, au 20h de France 2 le 21 janvier dernier .

La classe politique et médiatique a voulu contraindre l’ensemble de la population française à défendre la ligne éditoriale du journal, qui prête à polémique, ainsi que les caricatures du prophète des musulmans Mahomet, sous couvert de liberté d’expression.

Renforcé par un délit d’ « apologie du terrorisme » nouvellement créé en novembre 2014, des dizaines de « terroristes en puissance », âgé de 6 à 14 ans, ont été poursuivis pour n’avoir pas respecté la minute de silence; tenu des propos non-conforme; ou encore pour avoir posté des messages ou des dessins provocateurs sur les réseaux sociaux.

Pyromane et pompier

Les nombreuses condamnations pour le délit d’« apologie du terrorisme » ont été motivées par une circulaire de la ministre de la Justice, Christiane Taubira, émise dès le 12 janvier 2015, qui indique aux procureurs que « les propos ou agissements répréhensibles, haineux ou méprisants, proférés ou commis en raison de l’appartenance à une religion doivent être combattus et poursuivis avec la plus grande vigueur ».

« Le risque est grand que ces arrestations violent la liberté d’expression », s’était inquiété Amnesty international. Le syndicat de la magistrature avait dénoncé dans un communiqué de presse des « condamnations aveugles et démesurées ».

Yliès, 6 ans, dans le rôle d’un des frères Kouachi

Ces condamnations font échos au cas du jeune Yliès âgé de 6 ans, d’une mère nouvellement convertie à l’islam, victime de discrimination par le directeur de son école après qu’on lui ait demandé de jouer le rôle des frères Kouachi dans une pièce de théâtre voulant mettre en scène l’attentat contre Charlie Hebdo. Mercredi 28 janvier dernier, Ahmed, âgé de 8 ans, en classe de CE2, a été convoqué au commissariat de Nice après une plainte de son directeur d’école pour « apologie du terrorisme » quand il a déclaré être du côté des terroristes, en réponse à une question de son instituteur qui lui a demandé s’il était Charlie.

La montée des actes islamophobes en France, particulièrement depuis l’attentat au siège de Charlie Hebdo, a été largement occultée par les politiques français au profit de la montée des actes antisémites. A force de provocation, les politiques français ne contribuent-ils pas à créer le foyer d’où l’attentat de Charlie Hebdo est sorti ?