Changement climatique : l’Afrique est vulnérable

L’Afrique est menacée par les changements climatiques et dépourvue de ressources techniques pour y faire face. C’est ce qu’indique le rapport, rendu public ce dimanche, du secrétariat de la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques. L’organisation tire la sonnette d’alarme au moment où s’ouvre à Nairobi la 12e conférence internationale sur le climat.

« La vulnérabilité du continent face au changement climatique est beaucoup plus forte qu’on ne le pensait », indique un rapport publié dimanche par le secrétariat de la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC). Le constat intervient alors que s’ouvre, ce lundi, à Nairobi (Kenya) la 12e conférence internationale sur le climat sous l’égide des Nations Unies. Le rapport invite la communauté internationale à aider « les pays africains à s’adapter aux conséquences du changement climatique ».

Moins d’eau pour l’agriculture

Selon ses conclusions, « le niveau des mers augmentera de 15 à 95 pour cent d’ici 2 100 ». Ainsi, « près de 30% des infrastructures côtières d’Afrique seraient à risque », principalement celles du Golfe de Guinée, du Sénégal, de la Gambie et de l’Egypte. Et le nombre des Africains menacés par des inondations « passera de 1 million en 1990 à 70 millions en 2080 ». Le changement climatique devrait également provoquer sur les zones côtières une « baisse de la productivité halieutique, le blanchissement du corail, l’intrusion d’eau salée et la perte d’aménagements balnéaires et de revenus touristiques ». Le 20e siècle aura vu le continent se réchauffer de 0,7 degré Celsius et « d’ici 2 100, les températures moyennes en surface en Afrique auront augmenté de deux à six degrés Celsius ».

Dans le secteur agricole qui, « génère 20 à 30 pour cent du PNB de l’Afrique subsaharienne et représente 55 pour cent de l’ensemble des exportations » du continent africain, « le rendement céréalier baissera de 5 pour cent ou moins d’ici 2080 ». Notamment ceux du « sorgho pour le Soudan, l’Ethiopie, l’Erythrée et la Zambie, le maïs au Ghana, le millet au Soudan et l’arachide en Gambie ». Le document rappelle que 70% des Africains et près de 90% des personnes démunies travaillent dans l’agriculture. Un secteur qui dépend « à plus de 95 pour cent des précipitations ». Elles auraient baissé de 25 % ces 30 dernières années dans le Sahel et « de 2,4 pour cent chaque décennie depuis le milieu des années 1970 » dans les régions des forêts tropicales humides. L’Afrique de l’Ouest et le Nord du Congo sont les régions où le niveau des pluies aurait le plus rapidement baissé. Plus globalement, les experts estiment « qu’au cours des 50 prochaines années, les précipitations chuteront de 10 à 25 pour cent dans les régions septentrionales d’Afrique durant les mois de juin, juillet et août et de 10 à 60 pour cent durant les mois de mars, avril et mai ».

L’Afrique démunie

La menace sur les pays africains est d’autant plus forte que ces derniers n’ont pas les moyens techniques de mesurer l’impact de ce changement climatique et d’envisager des stratégies de lutte. « L’Afrique est le plus vaste bloc continental tropical et rassemble, sur 30 millions kilomètres carrés, près d’un cinquième de la superficie terrestre globale, indique Michel Jarraud, le Secrétaire général de l’Organisation météorologique mondiale (OMM). Et pourtant (..), le système d’observation du climat est dans un état plus piteux que sur tout autre continent et il continue de se détériorer ». Le continent ne serait doté que de « 1 150 stations du programme World Weather Watch, soit une station pour couvrir 26 000 kilomètres carrés », huit fois moins que le nombre minimum conseillé par l’OMM.

De plus, « très peu de données historiques sur le climat et la météo de l’Afrique sont exploitées (…) pour aider à l’élaboration de meilleures stratégies d’adaptation.» Pour Yvo de Boer, secrétaire exécutif de la Convention des Nations-unies sur les changements climatiques (CCUNCC), « le temps d’établir les principes est révolu. Il est temps de passer à l’action sur le terrain ». Espérons donc que les participants à la conférence sur le climat de Nairobi seront sensibles à l’urgence de la question pour l’Afrique.