Centrafrique : l’armée incriminée dans une trentaine d’exécutions sommaires

Les informations recoupées par la BBC ont été diffusées jeudi : environ 30 civils auraient été exécutés dans le village de Sokumba, non loin du Tchad. Plusieurs combats violents se sont déroulés au Nord et au Nord-est de la République Centrafricaine depuis janvier dernier entre les factions des différents groupes rebelles et les Forces Armées Centrafricaines (FACA). Ces affrontements ont causé le déplacement de près de 18 000 refugiés centrafricains au Tchad voisin.

Selon les témoignages récoltés par la BBC, des éléments qui appartiendraient à la garde présidentielle ont abattu publiquement et froidement, début février, quelque 30 civils sous les yeux de leur famille, dans le village de Sokumba, près de la frontière tchadienne. Les militaires auraient accusé leurs victimes d’être en accointance avec les rebelles, avant de les rassembler sous un manguier et de les exécuter. D’autres habitants auraient subi le même sort dans deux villages voisins.

Joint au téléphone, un responsable de l’UNICEF de Kaga Bandoro à 120 km du village où s’est déroulé le carnage, et un autre du Bureau de OCHA IRIN, ont tous deux déclaré avoir été mis au courant des faits que jeudi matin par la BBC. Une équipe de l’UNICEF serait dépêchée sur les lieux pour vérification.

Les autorités de Bangui, quant à elles, se disent « surprises » par la dramatique nouvelle et ont refusé de répondre aux questions de notre rédaction.

Le même son de cloche a retenti à la présidence de la Ligue Centrafricaine des Droits de l’Homme (LCDH). « Nous apprenons par vous (Afrik.com) cette triste nouvelle. Nous n’avons pas de membres sur place pour nous donner des précisions sur le nombre des victimes, les dates des faits. Mais dans les prochains jours, nous chercherons à en savoir plus », nous a déclaré le président de la LCDH, le Magistrat Joseph Bindoumi.

Cependant, au Bureau de l’Organisation des Nations Unies en Centrafrique (BONUCA), le responsable de la division Droit de l’Homme, Renner Onana, confirme que des exactions ont été bel et bien commises, selon lui, par les belligérants, tant du côté des FACA que de celui des rebelles.

Le dialogue politique n’a pas arrêté les combats

Malgré le « Dialogue Politique Inclusif » tenu à Bangui en décembre 2008 afin de permettre la résolution des conflits dans le nord de la Centrafrique et la réconciliation nationale avec les groupes d’opposition et groupes rebelles, les crépitements des armes ne se sont jamais arrêtés.

La dernière altercation en date remonte au 13 avril 2009 où des combats ont opposé les éléments du Front Démocratique du Peuple Centrafricain (FDPC) d’Abdoulaye Miskine avec les FACA, entre les villes de Kabo et Sido au Nord-ouest du pays, faisant 11 morts parmi les rebelles, selon le gouvernement. En plus du FDPC, La Convention des Patriotes pour la Justice et la Paix (CPJP), mouvement rebelle actif de l’ancien ministre Charles Massi a déclaré avoir livré des affrontements avec l’armée en mars dernier près de Ndélé.

De nombreuses exactions ont été perpétrées contre la population civile par les forces gouvernementales et les rebelles en Centrafrique. Les responsables de ces forfaits n’ont jamais été inquiétés et circulent en toute liberté et toute impunité. Les élections générales de 2010 s’annoncent tumultueuses dans un pays où la moitié nord est le terrain de récurrents combats violents, et où les populations civiles qui se sont refugiées au Tchad ou au Cameroun, fuyant les combats.