Centrafrique : l’armée française lance son opération de désarmement à Bangui

L’armée française a investi depuis ce dimanche la capitale centrafricaine, Bangui. L’opération de désarmement promis par Paris doit débuter ce lundi.

« La période d’impunité est terminée », a prévenu dimanche soir le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, qui s’exprimait à propos du dossier centrafricain. Le Drian a lancé un message aux milices armées : « Demain (lundi), tout le monde pose les armes ». Le cas échéant, ce dernier a promis d’utiliser « la force pour les faire poser ». Ce dimanche, les soldats français de l’opération « Sangaris », environ 1600, ont largement les rues de la capitale centrafricaine, et ce, en véhicules blindés ou à pied. La presse fait un état d’un léger retour au calme après les nombreux massacres de ces derniers jours qui ont fait près de 400 morts. Mieux, « Bangui respire déjà » selon le Président français François Hollande, qui s’exprimait à ce sujet, vendredi et samedi dernier, lors du Sommet de l’Elysée pour la paix et la Sécurité en Afrique. Le locataire de l’Elysée a notamment souligné l’inefficacité, voire la passivité, du Président centrafricain Michel Djotodia, arrivé au pouvoir en mars dernier suite au coup d’Etat orchestré par ex-rebelles de la Séléka, ceux-là même qui sèment actuellement le trouble dans le pays.

Le désarmement des milices en Centrafrique promis par Paris doit donc débuter ce lundi 9 décembre, bien que le « travail » ne soit pas « facile », selon le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, sur France Inter. « Mais nos militaires sont très, très professionnels et préparés, a-t-il ajouté. La difficulté c’est que beaucoup d’ex-Séléka (l’ancienne rébellion, ndlr) ont enlevé leur treillis et se sont mis en civil (…) et il est difficile de reconnaître les individus. » Lui aussi a prévenu les anciens rebelles de « ramener les armes », « et si ce n’est pas suffisamment efficace, la force sera employée », a précisé Laurent Fabius.

Le fossé entre chrétiens et musulmans se creuse

Depuis l’arrivée de la Séléka au pouvoir, le fossé s’est creusé entre chrétiens et musulmans et tout particulièrement à Bossombelé, ville du centre de la Centrafrique célèbre pour ses deux prisons sous l’ex-Président François Bozizé. Bien que la ville soit toujours tenue par les hommes de la Séléka, de nombreux chrétiens ont réinvesti la ville après avoir fui en brousse par peur de représailles après les massacres de musulmans à Bangui. Les habitants de Bossombelé accusent les rebelles accusent les rebelles d’emprisonner les Centrafricains de manière arbitraire. Ils regrettent le temps où jadis chrétiens et musulmans vivaient en symbiose, avant que la Séléka ne mette un terme à cette harmonie en pillant les commerces des chrétiens et épargnant ceux des musulmans.

Du point de vue des musulmans, l’arrivée au pouvoir de la Séléka a été une bonne chose car « Bozizé a tué beaucoup de gens ». Les musulmans de Centrafrique, près de 10%, estiment que les chrétiens « ne veulent pas d’un président musulman », faisant allusion à Djotodia. Après plusieurs mois d’exaction et l’arrivée des forces françaises, les musulmans de Centrafrique pensent que les chrétiens aspirent à la vengeance. Cette vengeance se traduit notamment par la constitution en septembre de milices d’autodéfense paysanne et chrétienne. On les appelle les « anti-balaka » (anti-machettes). Ces milices ont toutefois reporté leurs attaques contre des civils musulmans. D’après des témoignages de musulmans, « les anti-balaka ont tué des musulmans innocents sans raison. Ils ont détruit une mosquée. La Séléka ne pouvait pas rester sans rien faire. La Séleka arrête les anti-balaka. Pas les populations. »

Dans une interview accordée à Afrik.com, Elisabeth Guigou, présidente de la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale en France, a quant à elle mit l’accent sur l’urgence à « mettre fin aux massacres, accompagner les opérations humanitaires, chasser les bandes voyous et empêcher une guerre entre musulmans et chrétiens ». Elle promet également le retour en France des forces françaises lorsque l’ONU prendra le relai. « Ce n’est pas un retour de la France en Afrique. Je puis vous assurer que le jour où la MISCA (Mission internationale de soutien à la Centrafrique, ndlr) sera au point, le relai sera transmis et la France quittera la Centrafrique aussi vite qu’elle n’y est arrivée », avait-elle indiqué.