Camerounais détenus en Libye : la Human Rights Association alerte sur un phénomène « massif et systémique »


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Saad Kassis-Mohamed Président de l’Human Rights Association,
Saad Kassis-Mohamed Président de l’Human Rights Association,

Après son appel à la libération des ressortissants camerounais détenus arbitrairement en Libye, la Human Rights Association détaille pour Afrik.com l’ampleur du phénomène. L’organisation estime qu’environ 4 000 Camerounais se trouvent actuellement dans le pays, sans pouvoir établir combien sont détenus, faute d’accès indépendant aux centres officiels et clandestins. Elle dénonce un système d’abus mêlant violences, rançons, travail forcé, violences sexuelles et renvois forcés de migrants interceptés en mer.

« Environ 4 000 ressortissants camerounais se trouvent actuellement en Libye »

Afrik.com : Vous évoquez environ 4 000 ressortissants camerounais actuellement présents en Libye. Sur quelles sources repose cette estimation et quelle part d’entre eux serait aujourd’hui détenue ou directement menacée ?

Human Rights Association : Concernant l’estimation d’environ 4 000 ressortissants camerounais présents en Libye, ce chiffre repose sur le recoupement des données disponibles de l’Organisation internationale pour les migrations, des sources documentaires publiques, ainsi que des constatations de l’HRA dans le cadre de son suivi des cas.

L’OIM recense près de 940 000 migrants en Libye, représentant 44 nationalités différentes. Sur cette base, et au regard des profils documentés dans nos recherches, l’HRA estime qu’environ 4 000 ressortissants camerounais se trouvent actuellement en Libye.

Une partie d’entre eux est directement exposée à l’arrestation arbitraire, à l’exploitation ou à la détention par des groupes armés et des réseaux criminels. En revanche, faute d’accès indépendant à tous les centres, il n’existe pas à ce jour de chiffre officiel vérifié permettant d’établir précisément combien de Camerounais sont actuellement détenus. C’est précisément l’une des raisons pour lesquelles nous demandons un accès complet des Nations Unies et des mécanismes indépendants aux lieux de détention.

Avez-vous pu identifier les centres, officiels ou clandestins, où des Camerounais seraient détenus ?

Sur les centres de détention, nos constatations confirment que les ressortissants camerounais sont détenus dans des centres officiels et officieux, notamment à Tripoli et dans l’ouest de la Libye.

Nous n’avons pas identifié de centre exclusivement réservé aux Camerounais, mais les témoignages recueillis montrent que ceux-ci sont détenus aux côtés d’autres ressortissants d’Afrique subsaharienne dans des structures contrôlées soit par des autorités libyennes, soit par des groupes armés ou réseaux criminels opérant avec une large impunité.

Violences physiques, rançons, travail forcé et violences sexuelles

Quels types d’abus vous ont été le plus souvent rapportés par les migrants camerounais ou leurs familles : violences physiques, rançons, travail forcé, violences sexuelles, disparitions ?

Sur les abus les plus fréquemment rapportés, nos conclusions font état de violences physiques, de passages à tabac, d’extorsion sous forme de rançons exigées auprès des familles, de travail forcé, de privation de soins médicaux, de détention prolongée sans procédure, ainsi que de violences sexuelles, en particulier à l’encontre des femmes détenues.

Ces abus sont cohérents avec les récits que nous avons examinés et avec le schéma plus large documenté par les organisations internationales sur le système de détention des migrants en Libye.

Qu’attendez-vous concrètement des autorités camerounaises dans ce dossier ?

Concernant les autorités camerounaises, l’HRA attend un renforcement clair de l’assistance consulaire. Cela doit inclure l’identification systématique des ressortissants camerounais détenus ou portés disparus en Libye, la coordination avec l’OIM et les mécanismes des Nations Unies, l’appui au retour volontaire des personnes qui souhaitent rentrer, et la protection des familles qui cherchent à obtenir des informations sur leurs proches.

Notre communiqué ne place pas la responsabilité principale sur le Cameroun : cette responsabilité incombe avant tout aux autorités libyennes, puisque les détentions et abus se produisent sur le territoire libyen. Mais le Cameroun a néanmoins un rôle important à jouer pour protéger ses ressortissants à l’étranger.

L’Union européenne appelée à revoir sa coopération avec les garde-côtes libyens

Vous mettez également en cause la coopération européenne avec les garde-côtes libyens. Selon vous, quelles mesures immédiates l’Union européenne devrait-elle prendre pour éviter que les migrants interceptés en mer ne soient renvoyés vers des centres où ils risquent d’être maltraités ?

Concernant l’Union européenne, la position de l’HRA est que les gouvernements européens doivent cesser tout soutien opérationnel, matériel ou financier aux garde-côtes libyens tant que les personnes interceptées en mer sont renvoyées vers des centres où des abus graves sont documentés.

L’Union européenne devrait conditionner toute coopération future à un accès humanitaire indépendant, à la fin des retours vers la détention arbitraire, et au développement de voies de protection alternatives, notamment le retour volontaire assisté par l’OIM et les mécanismes de protection internationale pour les personnes qui ne peuvent pas rentrer en sécurité.

En dehors des Camerounais, avez-vous une idée du nombre d’Africains dans cette situation en Libye ?

Enfin, concernant le nombre total d’Africains exposés à cette situation en Libye, les données de l’OIM font état de près de 940 000 migrants présents dans le pays, originaires de 44 nationalités, la grande majorité venant d’Afrique subsaharienne. En 2025, plus de 27 000 migrants ont été interceptés en mer et renvoyés en Libye.

Il n’existe pas de chiffre consolidé et vérifié permettant d’établir combien de personnes africaines sont actuellement en détention arbitraire, mais nos constatations, croisées avec les données disponibles, montrent qu’il s’agit d’un phénomène massif et systémique, touchant des ressortissants de nombreux pays africains, dont le Cameroun.

Rédaction
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