Cameroun : vague d’insécurité dans le Grand Nord

La région du Grand Nord du Cameroun est réputée pour ses nombreux problèmes liés non seulement à l’accès facile de ses frontières mais aussi pour les agressions orchestrées par ceux qu’on appelle ici « les coupeurs de route ». Depuis quelques mois, des raids y sont organisés de façon recrudescente créant la psychose auprès des habitants de la région. Derniers faits d’armes des brigands : trois enfants pris en otage lundi dernier à Ngoundaï et 10 éleveurs égorgés à Pitoa.

Notre correspondante à Yaoundé

Les populations du Grand Nord sont habituées aux coupeurs de route, mais depuis quelques mois elles assistent impuissantes aux prises d’otage d’enfants avec demandes de rançon, aux assassinats et aux vols de bétail. La semaine dernière, dans la nuit du 19 au 20 juin 2008, douze enfants du village Ngoundaï ont été enlevés par des personnes non identifiées. Celles-ci auraient demandé une rançon de cinq millions à verser cinq jours au plus tard après les enlèvements. D’après les informations relayées par des journaux paraissant dans la région, les ravisseurs se seraient enfuis vers le Tchad après leur forfait. Informées de la situation, les autorités religieuses de la région ont appelé au calme et demandé aux populations de ne pas s’alarmer mais de trouver des moyens pacifiques de règlement de ces prises d’otages régulières.

Parmi les enfants enlevés, trois appartenaient à M. Waïbe, chef de zone de la Sodecoton, une grande société cotonnière. Nombre de personnes qu’emploie cette société sont considérées dans la région comme des « riches ». La Sodecoton est également reconnue pour sa bonne santé financière et pour la rémunération convenable de ses employés. Selon certains informateurs, le chef de zone de cette société aurait versé une partie de la somme réclamée par les ravisseurs.

Toujours dans la zone du Grand Nord, dans le village de Pitoa, dix éleveurs camerounais ont été retrouvés égorgés ce mois-ci. Quinze personnes ont été enlevées dans la même région un mois plus tôt. Les ravisseurs se rendant compte que les membres du Bataillon d’Intervention Rapide (BIR) étaient sur leurs traces, ils ont relâchés cinq personnes et assassinées les autres.

Un carrefour commercial qui attise les convoitises

Cette zone du Cameroun est sujette à ce type d’agressions car elle constitue un axe très emprunté par les commerçants se rendant au Tchad voisin pour vendre des marchandises. De plus, il est de notoriété publique au Cameroun que la plupart des habitants de cette partie du pays préfère conserver son argent dans les greniers et les oreillers plutôt que dans les banques et les coopératives financières. En mai dernier, dans le village de Ngoundaï, 17 personnes ont été enlevées par des malfrats non identifiés et une rançon de 17 millions a été exigée, soit 1 million de FCFA par tête. Les habitants du village avaient pu rassembler près de 8 millions afin d’obtenir la libération de quelques otages.

L’œil du Sahel, journal paraissant dans le Grand Nord, estime, après enquête, à près de 341 milliards de FCFA le montant total des rançons payées entre janvier et juin 2007 aux coupeurs de route et autres ravisseurs. Il relèvent 13 morts, 179 personnes séquestrées et 36000 bovins disparus. Le Grand Nord du Cameroun est une région très fréquentée par les commerçants aussi bien Camerounais qu’étrangers, mais aussi par les éleveurs de bovins, et les touristes venus découvrir la beauté de cette partie septentrionale du pays. Ces agressions viennent réactualiser le problème de la sécurisation des frontières dans les pays de la sous-région d’Afrique Centrale. Un problème qui a été évoqué lors du dernier sommet de la CEMAC qui s’est achevé cette semaine à Yaoundé.

Des sources bien introduites annoncent que l’une des solutions préconisées par les autorités des forces de défense camerounaises est la création d’une base militaire dans le Grand Nord dans le but de mettre fin à ces agressions massives des populations qui savent plus à quel saint se vouer.