Cameroun : « Maitre d’internat, mon métier »

Considérés comme en perte de vitesse, les établissements à régime d’internat connaissent une seconde naissance. Cette seconde naissance est favorisée par la multiplication des familles mono parentales et la croissance de la classe des hommes et femmes d’affaires toujours entre deux avions. L’éducation des enfants est ainsi confiée à des enseignants qui jouent le rôle de maitre et maitresse d’internat. Portrait d’un maitre d’internat au Collège sacré cœur de makak, emblématique du phénomène. Reportage.

(D notre correspondant)

Situé à une centaine de kilomètres de Yaoundé, le Collège sacré cœur de Makak est un établissement confessionnel créé par les frères Pallotins en 1946, qui a vu défiler plusieurs générations d’intellectuels africains. C’est ici que Simon Bidjeck officie depuis une quinzaine d’années comme maitre d’internat.

22h40, muni d’une torche, Monsieur Simon Bidjeck avance à pas lents dans le dortoir où dorment depuis une heure une centaine d’élèves. Il scrute tous les lits et note les noms de tous ceux qui n’y sont pas présents. « Ils sont certainement en sortie clandestine », conclut-il avec une forte suspicion. Une fois le tour des lits effectués, il retourne dans sa cabine, composée d’un bureau et d’un lit à deux places. Au moindre bruit dans les dortoirs, il se réveille et y impose le silence, parfois par un coup de fouet ou tout simplement par une consigne le lendemain.

A 4h30, il est déjà assis sur sa table pour préparer le cours qu’il va dispenser le jour d’après. Une heure plus tard, c’est l’heure de réveiller les internes. Un bruit retentit sur la porte et réveille tout le monde. Tour à tour, il fait le tour des lits et tire la couverture à ceux qui sont encore dans les bras de Morphée. Dans les douches, il doit veiller que les plus petits prennent effectivement leur bain.

A 5H30, c’est l’heure de l’étude. Il remonte fermer les dortoirs et s’assurer que plus personne n’est entrain de se baigner ou alors resté au dortoir. Dans les salles de cours, tout le monde parle. Pour gagner le silence des élèves, il faudra qu’il fasse le tour de toutes les salles et punir les bavards. Ensuite, il faut veiller que chaque élève fasse sa charge. La charge qui consiste à faire la propriété dans tout l’internat. Quand sonne 7h30, il peut enfin souffler, les élèves se dirigent au réfectoire. Lui également effectue le même déplacement. Une fois le réfectoire achevé, les élèves se dirigent en classes. Il peut alors se reposer, mais pas pour longtemps car il a des cours à donner.

Un profil pas clair…

Parmi les enseignants qui postulent dans les établissements privés à régime d’internat, certains finissent très souvent par devenir maitre ou maitresse d’internat. Simon Bidjeck, lui, est devenu maitre d’internat, depuis 1997 après avoir servi pendant une dizaine d’années comme enseignant de Langues. Aujourd’hui, il donne non seulement des cours d’Histoire-géographie, mais aussi d’Espagnol. Au coté de Simon, Bisso Ndjala, enseignant dans cet établissement depuis plus d’une trentaine d’année, vit son affectation vouée à ce poste comme une mise à la retraite. Il a été tour à tour enseignant de Français, et surveillant général.

Afin de pouvoir concilier leur profession avec leur vie familiale, ils sont logés dans l’établissement avec leur famille. Mais certains préfèrent laisser leur famille au quartier et vivre seul dans leur cabine à l’internat. Contrairement à leurs collègues enseignants, ils peuvent passer plusieurs années à leur poste sans aucun avancement. Les salaires, assez symboliques, varient entre 100 et 200 euros. Plusieurs maitres et maitresses d’internat ont démissionné ces dernières années pour continuer ailleurs. Certains évoluent dans le domaine de la communication et d’autres continuent dans l’enseignement après un séjour à l’université.