Cameroun : liberté pour le chanteur Lapiro de Mbanga

Célèbre chanteur camerounais reconnu pour ses textes critiques envers le régime de Paul Biya, Lapiro de Mbanga de son vrai nom, Sandjo Lambo Pierre Roger, a été condamné à trois ans de prison et à une lourde amende fin septembre 2008. Pour le pouvoir camerounais, il s’est rendu complice du casse qui a émaillé les émeutes de la faim de l’année dernière. Mais pour de nombreux observateurs, il a en réalité été arrêté pour avoir écrit une chanson critiquant la révision de la constitution camerounaise, qui permet à Paul Biya de se présenter à sa propre succession en 2011. A l’occasion de la journée internationale de l’écrivain emprisonné, dimanche 15 novembre, plusieurs associations se mobilisent pour obtenir sa libération.

Lapiro de Mbanga est une sorte de « bouche pour les malheurs qui n’ont point de bouche », pour reprendre l’expression du poète Aimé Césaire [[Cahier d’un retour au pays natal]]. Héros des laissés-pour-compte, il tire à boulets rouges, depuis une vingtaine d’années, sur les politicards véreux du pays des Lions indomptables. Ses titres comme Mimba we (ne nous oubliez pas), Na ou go pay ? (Qui payera), ou encore Bayam sellam sont repris en cœur le petit peuple paupérisé. Celui-ci lui fait confiance et adhère à son rap africain déclamé en pidgin, sorte d’argot d’anglais, de français et de langues nationales, et porté par ses rythmes colorés et endiablés.

Mais cette popularité dissonante n’est pas du goût du «big katika » (« Le grand parrain », surnom donné par Lapiro à Paul Biya) de Yaoundé. Surtout que le chanteur, politiquement très engagé – il est l’un des responsables du Social democratic front (SDF), le principal parti d’opposition- ne rate pas une occasion de l’épingler sur les dérives de sa politique. Tout au long de sa carrière, Lapiro se sait en permanence dans l’œil du cyclone. Mais à l’instar du chanteur nigérian Fela Anikulapo Kuti, il appartient à cette catégorie d’irréductibles qu’aucune menace ne suffit à faire taire.

Modification de la constitution camerounaise et arrestation

On le retrouve ainsi en première ligne de la contestation contre la modification de la constitution orchestrée par Paul Biya pour s’installer durablement au pouvoir, en supprimant la limitation du nombre de mandats. L’artiste sort Constitution constipée, sorte d’hymne funéraire à l’alternance démocratique au Cameroun. Dans cette chanson, il soutient que «le chef de l’Etat est pris au piège des réseaux qui l’obligent à rester au pouvoir, même s’il est fatigué». Il demande à ces réseaux de libérer Paul Biya. Pour le pouvoir, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Le sort de Lapiro est scellé, et il ne manque que le prétexte pour le faire taire.
 

Les émeutes de la faim qui feront plusieurs dizaines de morts seront l’occasion idéale pour le pouvoir. Les Camerounais qui se jettent massivement dans les rues manifestent à la fois contre la vie chère et contre la modification en cours de la constitution, pour mettre un terme à la limitation des mandats présidentiels. Le chanteur est arrêté et jeté en prison. On l’accuse de « complicité de pillage en bande, destruction de biens, attroupement sur la voie publique », suite aux destructions et pillages effectués à la Société des plantations de Mbanga (SPM), dont l’actionnaire principal est le béké martiniquais Jean Simonnet.

«Un dossier vide, des faux témoins qui reconnaitront plus tard avoir menti sous pression», plaideront les avocats du chanteur. Insuffisant pour le tirer d’affaire. A l’issue d’un simulacre de procès, Lapiro de Mbanga est condamné à trois ans de prison ferme, et à près de 640 000 dollars de dommage-intérêts.

Mais les malheurs du chanteur ne s’arrêtent pas là. Le 7 août dernier, il a appris du fond de sa cellule de la prison de Nkongsamba (Province du Littoral), que sa fille, Lambo Sandjo Dorette, âgée de 13 ans avait été enlevée par une inconnue. Une nouvelle qui l’a plongé dans une profonde dépression.

Mobilisation internationale en faveur de Lapiro

Le 6 novembre dernier, Freedom Now, une organisation non gouvernementale américaine de défense des droits de l’homme qui regroupe en son sein des personnalités éminentes comme Mgr Desmond Tutu et Vaclav Havel, s’est engagée à œuvrer pour sa libération.
 
L’association Libertés-Culture s’est engagée sur la même voie. A l’occasion de la Journée Internationale des écrivains emprisonnés qui a été célèbrée dimanche 15 novembre, elle a organisé une action solidaire sur Internet en sa faveur. Pour cela, elle a mis en ligne une pétition pour demander sa libération. Une autre pétition est disponible sur le site www.vigier.fr.