Cameroun : les jeunes s’interrogent sur la démocratie

Les pays africains excellent dans beaucoup de domaines, malheureusement, ils semblent être de mauvais élèves à l’école de la démocratie. L’édification d’une véritable démocratie est mise à mal par la persistance de considérations tribales, ethniques ou encore claniques. Il importe alors de repenser la démocratie en Afrique en commençant par s’affranchir du mythe selon lequel, en raison de leur organisation traditionnelle, les sociétés africaines seraient incompatibles avec la démocratie.

La démocratie est un mode de gouvernance par lequel le peuple décide de dessiner son avenir. Elle incarne ainsi l’expression de la reconnaissance de l’État de droit et des droits de l’Homme. Depuis les années 1990, les Etats africains ont massivement adhéré à ce modèle de gouvernance, et l’Union Africaine (2007) continue d’inviter ses membres à le promouvoir sur le continent, à travers la Charte Africaine de la Démocratie, des Elections, et de la Gouvernance.

« Depuis que je suis né, il y a une trentaine d’années, parmi la multitude de formations politiques qui existent dans notre pays, je n’ai connu qu’une seule et même personne à la tête du pays. Et comme si cela ne suffisait pas, le parti politique qu’il dirige a une majorité obèse dans toutes les institutions de l’Etat, de l’Assemblée nationale en passant par le Senat et les Conseils régionaux très récents en terre camerounaise. Ce même scénario s’observe dans les ministères, les sociétés publiques et parapubliques, où les personnes d’un âge très avancé, pour ne pas dire trop fatigués sont aux commandes en qualité de directeurs ou PCA, car, pour eux, aller en retraite est comme si le ciel tombait sur leurs têtes », déclare Joseph Ntoumou.

Par ailleurs, les jeunes diplômés, pour fuir la précarité, se trouvent obligés de se lancer dans les secteurs informels tels que la vente à la sauvette, les call box, la collecte de la ferraille et de l’aluminium, les « ben-skin » qui ne sont autres que le transport des personnes sur les motos et autres sales besognes. Est-ce cela la démocratie ? Quand on sait qu’elle se définit comme étant le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. L’actualité de cette assertion de l’ancien président américain Abraham Lincoln (1809-1865) n’est plus à démontrer, tant elle transparaît dans la plupart des discours politiques et surtout dans les récents évènements en Afrique. Cette situation somme toute désolante, a amené les jeunes, qu’ils soient diplômés ou non, à tourner complètement le dos à la chose politique», poursuit-il.

On observe, pour le regretter, que de nombreux pays, dans le monde en général et africains en particulier, subissent des crises politiques, parfois sévères avec des conséquences économiques dramatiques, sans qu’une analyse profonde des motifs de ces phénomènes d’instabilité politique ne soit réellement effectuée. Une meilleure connaissance des facteurs favorisant l’instabilité politique permettra de mieux les prévenir, les contenir et de limiter les effets adverses.

Néanmoins, dans de nombreux pays africains, le processus de mise en œuvre de la gouvernance démocratique a été confronté à plusieurs obstacles, au rang desquels les entorses aux libertés individuelles et collectives, à la transparence et l’équité des élections, et à l’égalité des chances devant la loi, pour ne citer que ceux-ci. Sans compter que de nombreux pays africains, pour ne pas dire la quasi-totalité, n’ont toujours pas d’institutions suffisamment solides pour défendre la démocratie et la participation citoyenne. D’où la liste très longue des exactions de toutes sortes observées par-ci, par-là.

La marche engagée par l’Afrique vers la démocratie par la voie institutionnelle ne sera véritablement effective qu’avec l’essor d’une véritable culture démocratique des hommes.