Cameroun : les étrangers persona non grata dans l’informel

Les autorités camerounaises ont adopté un décret en 1993 qui interdit aux étrangers de travailler dans le secteur informel. Pour beaucoup, cette interdiction reste de principe, puisque très peu de contrôles sont effectués pour vérifier la nationalité des marchands ambulants et autres cuisiniers de rue. Mais elle a le mérite de montrer que le gouvernement accepte l’existence d’un secteur qui ne lui rapporte pas d’argent.

Exit les vendeurs étrangers de l’informel. Du moins dans les textes. Le Cameroun a en effet interdit aux non-nationaux, par un décret datant du 22 novembre 1993, d’exercer une activité dans le secteur de l’informel. L’initiative de préférence nationale aurait pu ravir les commerçants ambulants, vendeurs à la sauvette et autres exploitants de gargote. Seulement voilà : la mesure a l’effet d’un coup d’épée dans l’eau faute de contrôle d’identité des acteurs du secteur. Centrafricains, Nigérians, Sénégalais, Maliens ou encore Congolais peuvent poursuivre tranquillement leurs activités. Mais cette tentative, bien qu’apparemment infructueuse, montre que les autorités du pays acceptent l’existence des filières informelles qui ne leur paient aucune taxe.

Nationalités sectorisées

Depuis quelques années, les étrangers seraient de plus en plus nombreux à investir le secteur informel. Michel, un fonctionnaire de Yaoundé, raconte que les activités sont même plus ou moins réparties par nationalité. « Les petits salons de coiffure, les petites boutiques de couture ou autre et les restaurants ambulants sont plutôt détenus par des Sénégalais et des Maliens. Les gardiens de nuit sont Tchadiens ou Centrafricains. Les Nigérians s’occupent de la quincaillerie », énumère-t-il. Une source au ministère des Petites et Moyennes Entreprises (PME) ajoute que « les Africains des pays voisins sont très présents dans l’artisanat ».

Ce qui pose problème aux travailleurs de l’informel nationaux, est que leurs homologues étrangers se greffent à eux alors que la concurrence est déjà bien rude. Mais ils se plaignent aussi du fait qu’ils perdent une part de marché qui devrait leur revenir.

Une mesure fantôme

L’adoption du décret du 22 novembre 1993 était l’occasion de satisfaire les plus mécontents. « Au ministère du développement industriel et commercial (Mindic), on justifie cette interdiction par la volonté de favoriser l’auto-emploi des Camerounais », explique Le Quotidien Mutations. Au final, la réforme semble pour certains peu efficace. « S’il y a une mesure pour interdire aux étrangers de travailler dans le secteur informel, je n’en ai pas entendu parler, assure Michel. Et si elle existe, en tout cas, elle n’a jamais été mise en pratique. Les policiers contrôlent déjà à peine les Camerounais. »

La décision de 1993, si elle a faiblement changé la situation des travailleurs informels, a tout de même marqué un tournant. Car le gouvernement, en adoptant cette mesure, a donné une légitimité au secteur informel, en faisant des activités qui le constituent une chasse gardée nationale. Il encourage par ailleurs les Camerounais à exercer illégalement, en sachant que ses caisses ne recevront pas les taxes qui lui sont dues.