Cameroun : le Nigeria va quitter Bakassi

Les Présidents nigérian et camerounais sont parvenus à un accord, lundi près de New York, concernant la péninsule de Bakassi. Les soldats nigérians doivent quitter le territoire pétrolifère d’ici 60 jours, 90 maximum, en vertu de l’application d’un arrêt de la Cour internationale de justice de 2002 qui a attribué Bakassi au Cameroun.

Les dissensions autour de la péninsule de Bakassi touchent à leur fin. Les Présidents nigérian et camerounais se sont rendus aux Etats-Unis pour trouver, avec le Secrétaire général des Nations Unies, un terrain d’entente concernant la presqu’île. Les trois hommes se sont entretenus tout le week-end. Résultat : le Nigérian Olusegun Obasanjo et le Camerounais Paul Biya ont signé avec Kofi Annan l’accord de Greentree, lundi, près de New York. Le texte permettra de mettre en œuvre l’arrêt de la Cour internationale de justice (Cij) du 10 octobre 2002, faisant de Bakassi et de plusieurs îles du lac Tchad des territoires camerounais que doit quitter le Nigeria. La signature, qui s’est déroulée dans une atmosphère cordiale, a eu lieu en présence de quatre représentants de pays témoins : les Etats-Unis, l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni.

Départ des soldats nigérians au plus tard en septembre

Le texte paraphé prévoit que les quelques 2 000 soldats nigérians stationnés à Bakassi auront quitté le marécage de 1 000 km2, situé dans le Golfe de Guinée, dans 60 jours à compter de la signature de l’accord. Mais, à la demande du Nigeria et avec accord des Nations Unies, le départ pourrait être différé encore de 30 jours. En somme, d’ici septembre, les militaires devraient être partis. Quant aux plusieurs milliers de Nigérians qui vivent à Bakassi, et qui pour la plupart sont venus de l’Etat de Cross River de la république fédérale, deux options leur sont offertes : ils peuvent rester ou être relogés dans leur pays d’origine. Un comité de suivi doit par ailleurs être créé. Il sera composé de deux représentants nigérians, camerounais et onusiens, et d’un pour les quatre pays qui superviseront les opérations de retrait.

Pour en arriver là, il a entre autres fallu trois rencontres Nations Unies-Nigeria-Cameroun, depuis la décision de la Cij, et la création d’une commission mixte Cameroun/Nigeria chargée de démarquer la frontière. Les blocages provenaient notamment de la mésentente des deux Etats impliqués sur le tracé de la frontière maritime, ce qui explique que les troupes nigérianes ne soient pas parties le 15 septembre 2004 comme prévu par l’arrêt de la Cij. Les autorités nigérianes avaient également avancé des « difficultés techniques d’évacuation des troupes » et la forte présence de leurs ressortissants pour justifier le non respect de la date butoir. Mais elles avaient cédé du bout des doigts quelques terres le long de la frontière septentrionale, alors que son voisin leur rendait des villages.

Tous satisfaits

Qu’a Bakassi de si particulier pour que le Cameroun et le Nigeria en soient venus aux armes, au début des années 1990, pour son contrôle ? Outre ses importantes ressources halieutiques, le territoire pourrait contenir jusqu’à 10% des ressources en pétrole et en gaz de la planète. Des trésors qu’exploiteraient des multinationales au bénéfice du Nigeria, qui est aujourd’hui le premier producteur d’or noir et pèse dans l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep). De quoi faire grincer des dents le Cameroun, qui pourrait être rayé des bancs de l’Opep.

L’accord de Greentree marque un tournant dans la gestion des conflits. « Notre accord d’aujourd’hui est un grand succès de prévention de conflits, qui montre en pratique son efficacité en termes de coûts quand on le compare à son alternative : la résolution des conflits. (…) Cela devrait représenter un modèle pour la résolution de conflits similaires en Afrique et (…) dans le reste du monde », a déclaré Olusegun Obasanjo. Se tournant vers l’avenir, son homologue Paul Biya a indiqué que la signature du texte « ouvrirait une nouvelle ère de confiance, de paix et de coopération entre les deux voisins ». Kofi Annan estime pour sa part qu’un « règlement complet du différend (territorial) est à portée de main ».