Cameroun : le calme avant la tempête ?

Une certaine accalmie était notable ce vendredi au Cameroun. Pourtant, le président Paul Biya n’aurait pas pris la mesure du mécontentement des Camerounais, selon les observateurs et l’opposition. La presse, quant à elle, se retrouve dans le collimateur du pouvoir.

Avec Panapress

Le calme semblait de retour ce vendredi à Yaoundé et à Douala, les capitales politique et économique du Cameroun, en proie ces derniers jours à de violentes manifestations dont sont à l’origine une grève des transporteurs. Le mouvement social s’est transformé en protestation contre la cherté de la vie et le projet de révision constitutionnelle qui permettrait au président camerounais Paul Biya, 75 ans et au pouvoir depuis 1982, de se représenter en 2011.
Les taxis ont ainsi refait, vendredi matin, leur apparition dans les rues de la capitale, Yaoundé, qui porte encore les stigmates des violentes manifestations de mercredi, notamment celles de la soirée qui se sont déroulées après le discours radiotélévisé du chef de l’Etat. Il y a dénoncé « l’instrumentalisation » du mouvement social par des « apprentis sorciers » dont l’objectif est de déstabiliser son régime. Paul Biya a également assuré que son gouvernement mettrait tout en œuvre pour que « force reste à la loi ». Les forces de l’ordre et l’armée sont encore présentes dans les endroits stratégiques de la capitale et surveillent notamment les stations-service dont les pompes sont toujours à sec.

Un président déconnecté de la réalité, selon l’opposition

Les transporteurs, qui manifestaient contre la hausse du prix du carburant, ont obtenu gain de cause. Les nouveaux tarifs rentreront en vigueur dès que les stations seront réapprovisionnées. Le gouvernement a annoncé, mardi soir, qu’il ramènerait le prix de l’essence Super de 600 F Cfa à 594 F Cfa, celui du gasoil de 500 francs à 445 francs et celui du pétrole lampant de 400 francs à 375 francs. Cependant, les Camerounais n’en sont pas pour autant apaisés et les déclarations du président ne risquent pas de les ramener à de meilleurs sentiments.

Adamou Ndam Njoya, le président de l’Union démocratique camerounaise (UDC), parti d’opposition, cité par l’AFP, a qualifié l’allocution présidentielle de « déclaration de guerre aux Camerounais ». Il estime que Paul Biya ne comprend pas « les problèmes des jeunes et les difficultés auxquelles sont confrontés les Camerounais (…) qui peuvent amener à des situations de désespoir comme (celles) vues ces jours-ci ». « Ce qui est grave, c’est qu’on a l’impression que le président prend la situation à la légère », a souligné pour sa part Joshua Osih, le vice-président du Social Democratic Front (SDF) de John Fru Ndi, l’opposant historique.

La liberté de la presse remise en cause au Cameroun

Pour les observateurs de la scène politique camerounaise, cette crise représente un sérieux avertissement pour le régime du président Paul Biya qui a été totalement pris au dépourvu par les revendications sociales qui se sont greffées à celles des transporteurs. Les jeunes se sont joints spontanément au mouvement pour faire entendre leurs voix et ont été les principales victimes de la répression féroce des forces de sécurité – police et gendarmerie – et de l’armée qui ont tiré à balles réelles. Au moins 17 personnes ont été tuées. C’est maintenant au tour de la presse d’être la cible de violences policières. La radio privée camerounaise Magic FM est privée d’antenne depuis jeudi. « En ce moment, la radio n’émet plus. Une dizaine de gendarmes sont arrivés hier (jeudi) et ont confisqué tout le matériel, disant que nous avons été irresponsables en laissant les auditeurs analyser le discours du chef de l’Etat », a confié vendredi Roger Kiyeck, l’un des responsables et présentateurs de la radio, à l’AFP. L’émission mise en cause, « Magic Attitude », est un antenne libre où les auditeurs peuvent commenter l’actualité du lundi au vendredi.

Dans un communiqué publié sur son site, l’ONG Reporters sans frontières dénonce les atteintes à la liberté de la presse au Cameroun. « Impossibilité de paraître pour certains journaux, fermeture de médias audiovisuels ayant tenu des propos critiques envers le gouvernement, injonctions du ministre de la Communication qui exhorte les journaux à se montrer « responsables » : en marge de la grève des transporteurs et des émeutes qui se sont ensuivies, la presse privée doit faire face à une situation de crise. », explique le communiqué.

La France a aussi exprimé son inquiétude face à la crise socio-politique que traverse le Cameroun, la plus importante depuis « les années de braise » au début des années 90.