Cameroun: la pire épidémie de choléra « depuis au moins 10 ans »

Le choléra a tué au moins 94 personnes dans le nord du Cameroun et est en train de se propager ; selon les responsables sanitaires, il s’agit de l’épidémie la plus sévère depuis des années.

« Nous sommes habitués à voir le choléra ici durant la saison des pluies, mais nous ne comprenons pas ce qui se passe cette année. » a dit à IRIN Yves Kuété Fotié, chef du service de santé du district de Moloko. « Nous n’avons pas vu d’épidémie de cette ampleur depuis au moins 10 ans ». Moloko a eu plus de la moitié des cas de la région, soit 773 à la date du 3 août. « Nous recevons plus de 30 nouveaux cas chaque jour, » a indiqué M. Kuété Fotié. A la fin de juillet, quelque 1 300 cas avaient été enregistrés dans la région de l’Extrême-Nord au Cameroun.

Le Cameroun est l’un des pays de cette partie du monde où les inondations de cette année ont fait de nombreuses victimes et détruit maisons, bétail et récoltes. Le choléra est souvent qualifié de « maladie de la pauvreté » et pour M. Kuété Fotié, « la pauvreté est ici sans doute la cause principale [de la maladie] : les gens n’ont pas les moyens d’observer même les règles d’hygiène les plus élémentaires. On peut répéter aux gens tant qu’on veut de se laver les mains au savon avant de manger, mais à quoi bon, s’ils n’ont pas de quoi s’acheter du savon ? »

Pour les travailleurs sanitaires du nord du Cameroun, le manque de latrines et d’eau de consommation potable contribue à propager l’infection dans toute la région.

Les pénuries d’eau sont courantes dans le nord et les puits existants ne peuvent fournir suffisamment d’eau : seuls 30 pour cent des populations rurales camerounaises ont accès à de l’eau potable et 15 pour cent seulement à des installations sanitaires, rappelle une étude publiée en 2009 par l’UNICEF-Cameroun.

« Généralement, les gens ici n’ont pas de latrines, », a dit à IRIN le directeur de l’hôpital du district de Moloko, Pierre Kollo. « Ils font leurs besoins dans la nature. Les mouches sont partout. Les denrées alimentaires sont vendues dans les marchés sans être protégées des mouches ».

Traitement

M. Kollo a indiqué que des travailleurs sanitaires étaient envoyés dans les villages avec des médicaments, des solutions salines et autres fournitures, afin d’éviter les déplacements de personnes infectées. Selon les travailleurs sanitaires, le ministère de la Santé, l’UNICEF et la Croix Rouge assurent l’approvisionnement.

Les traitements contre le choléra sont fournis gratuitement, avec le soutien de l’UNICEF, de la Croix Rouge, de l’Organisation mondiale de la Santé et du Fonds des Nations Unies pour la Population, ont dit les responsables sanitaires.

Dans le village de Sirak, l’école publique – actuellement inoccupée puisque les élèves sont en vacances – a été transformée en un centre anti-choléra. Célestine Wassouo, l’une des trois infirmières qui dirigent le centre, a dit à IRIN qu’elles recevaient au moins cinq nouveaux cas par jour. Le centre manque actuellement de chlore– utilisé comme désinfectant – et de perfusions intraveineuses. De plus, le village ne dispose pas d’électricité. « Nous nous débrouillons avec des lampes et des torches, » a dit Mme Wassouo à IRIN.

Rebecca Djao, directrice sanitaire de la région de l’Extrême-Nord, a dit qu’environ 60 pour cent des décès à ce jour avaient eu lieu dans les villages. Selon elle, la malnutrition complique encore la situation : « Le choléra survient [cette année] dans un contexte difficile marqué par le manque de nourriture : nous sommes en période de soudure ».

Les flambées de choléra sont courantes dans le nord du Cameroun, mais cette année, non seulement l’épidémie a été plus sévère, mais elle a frappé plus tôt que d’habitude. En 2009, la première infection avait été détectée en septembre, mais cette année, le premier cas est apparu en mai, avant le début des pluies.

Selon les responsables sanitaires, la maladie pourrait avoir été introduite par une personne venue d’un pays voisin, qui aurait contaminé d’une façon ou d’une autre une source d’eau ; puis l’infection se serait propagée à partir de là, une fois les pluies commencées.

L’une des épidémies camerounaises les plus sévères dans les dernières années a eu lieu en 2004, quand le choléra a fait 100 victimes dans la capitale commerciale, Douala.