Cachan : Jacques Chirac interpellé

Danièle Mitterrand, la veuve du défunt Président français, a interpellé ce mercredi matin le Président Jacques Chirac dans l’affaire des expulsés de Cachan. L’urgence de leur situation se fait de plus en plus sentir et la classe politique semble incapable de trouver une solution à ce drame.

« Vous êtes le seul à pouvoir stopper le processus suicidaire de ces hommes déterminés à mettre un terme au cynisme dont ils sont les victimes », a plaidé Danièle Mitterrand, la veuve du Président François Mitterrand, en faveur des expulsés de Cachan. Elle s’adressait ainsi, par le biais de la radio Europe 1, au Président français Jacques Chirac ce mercredi matin. « Il est impératif d’agir dans l’immédiat, les circonstances sont urgentes. […] Vous savez, en ce moment, à Cachan, des hommes se meurent et ils se meurent pour faire entendre leur droit à la vie », a-t-elle poursuivi, évoquant ainsi les deux grévistes de la faim de Cachan qui sont hospitalisés depuis lundi. Leurs quatre autres compagnons, restés dans le gymnase de la ville où ils sont hébergés, sont dans un état tout aussi préoccupant.

Ce message de la présidente de la fondation France Libertés à l’attention du Chef de l’Etat français intervient au lendemain de la sortie virulente de Nicolas Sarkozy, le ministre français de l’Intérieur, contre Jean-Yves Le Bouillonnec, le député-maire de Cachan, à propos de la manière dont ce dernier a traité le dossier des anciens squatteurs expulsés le 17 août dernier. « Ce n’est pas l’Etat, ce n’est pas le gouvernement qui a décidé, au mépris des conditions d’hygiène élémentaires, d’installer ces malheureux dans un gymnase, c’est le maire socialiste de Cachan qui a pensé faire un coup politique en utilisant la misère de ceux-là mêmes à qui le gouvernement proposait des hébergements », a affirmé M. Sarkozy à l’Assemblée nationale.

« C’est la responsabilité de l’Etat »

Accusations auxquelles l’élu a répondu en soulevant la responsabilité de l’Etat dans cette affaire. Jean-Yves Le Bouillonnec note, rapporte Le Monde que « le vrai problème dans l’évacuation du squatt, c’est qu’à une situation exceptionnelle d’évacuation de 600 personnes, l’Etat a répondu par quelque chose qui était sans lien d’aucune sorte. …] Le problème, c’est la responsabilité de l’Etat. Un ministre de l’intérieur, qui est aussi ministre de tutelle des collectivités locales, ne peut pas traiter un maire comme il l’a fait. C’est inacceptable qu’il ne prenne pas en compte la responsabilité des maires ». Pour l’heure, Mme Mitterrand en appelle à celle du Président de la République. Et ce n’est pas la première fois que l’arbitrage de Jacques Chirac est requis dans l’affaire des expulsés de Cachan. En réaction aux propos de Nicolas Sarkozy, qui avait affirmé, il y a plus d’un mois, que leur sort ne dépendait désormais que du maire de Cachan, Fidèle Nitiéma, le porte-parole des anciens squatteurs, avait déjà fait allusion à cette [possibilité.

Si Jacques Chirac n’a pas encore réagi à l’appel de Mme Mitterrand, Dominique de Villepin s’est lui exprimé le sujet. Lors de sa conférence de presse mensuelle, ce mercredi, le Premier ministre a affirmé, selon Libération, qu’il souhaitait « trouver une issue rapide » à cette situation. Nicolas Sarkozy annonçait pour sa part que Patrick Gaubert et Dominique Sopo, respectivement présidents de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) et de SOS Racisme, assureraient une mission de médiation dans l’affaire des expulsés de Cachan. Plus de 200 d’entre eux occupent le gymnase municipal Belle Image et ont refusé, mardi, les dernières propositions d’hébergement de la préfecture du Val-de-Marne.