Bush comme à la maison

Les Sénégalais sont amers au lendemain de la visite du Président américain Georges Walker Bush dans leur pays. L’indignation est générale devant les mesures prises pour assurer sa sécurité, allant jusqu’au parcage d’habitants de Gorée dans un terrain de football.

Au cours de son périple sénégalais, le Président Georges W. Bush a fait mardi une halte sur l’île de Gorée, mémoire de la traite négrière vers l’Amérique. Une halte dont le déroulement a indigné la population. Mardi matin, vers six heures, des policiers sénégalais accompagnés d’un officiel américain ont invité les Goréens résidents sur le parcours présidentiel à quitter leur foyer pour être conduits sur un terrain de foot, sous surveillance, loin de la cérémonie officielle. A croire que les services de sécurité ont voulu montrer aux habitants de Gorée l’humiliation que leurs ancêtres esclaves, ballottés de case en case, ont pu ressentir.

Mercredi, la presse sénégalaise n’avait pas de mots assez durs pour qualifier les mesures imposées par les services de sécurité américains. Même les ministres et députés sénégalais ont pu constater leur suffisance, lorsque, venus attendre le Président Bush à la descente de son avion, ils se sont vus indiquer la queue à emprunter pour respecter le protocole sécuritaire.

Gorée indignée

« Deux jours avant la visite du Président Bush, des policiers sont venus nous dire qu’ils viendraient visiter toutes les maisons qui se trouvent sur le trajet du convoi présidentiel et que seule une personne serait autorisée à y rester. Ils nous ont expliqué qu’on pourrait aller sur un terrain de foot où allait être placé un écran géant, pour suivre la visite. Beaucoup d’habitants sont partis la veille, vers Dakar ou ailleurs, pour ne pas être sortis de chez eux et parqués dans ce terrain de jeu qui avait été clos pour la circonstance », explique une habitante de Gorée. Pour expliquer ces mesures exceptionnelles, les autorités évoquent la sécurité du Président américain et assurent que celui-ci a prévu de rendre visite aux centaines de citoyens réunis sur le terrain… qui l’attendent toujours. Gorée compte environ 900 habitants. Un quart d’entre eux étaient concernés par ces mesures.

« On n’a pas eu le temps de se laver, de manger et on était surveillés comme des criminels ! », s’est indigné un homme auprès de l’AFP. Les habitants qui regrettent alors de ne pas avoir quitté l’île en sont pour leurs frais : plus une seule embarcation ne fait l’aller-retour avec Dakar. Une seule chaloupe est partie le matin, pour permettre aux salariés de se rendre à leur travail. Les petits commerçants de l’île ont eu moins de chance puisqu’ils ont été invités à garder leur boutiques fermées. Seule alternative pour tout ce monde, aller boire un jus de bissap et grignoter quelques amuse-gueules dans l’enclos qui leur a été réservé. Ou alors, errer sur la partie de l’île non interdite, loin de la cérémonie officielle.

1 032 personnes arrêtées

La cérémonie terminée et les habitants libérés, vers 12h00, les Présidents Bush et Wade ont regagné Dakar, distant de 4 kilomètres, pour un mini sommet avec huit chefs d’Etats ouest- africains. Les mesures prises dans la capitale sénégalaise n’avaient rien à envier au bunker goréen. Pas moins de 1 032 personnes ont été arrêtées « pour diverses infractions » dans les rues dakaroises, dans la nuit de samedi à dimanche, par 600 policiers. Les rues nettoyées de leurs malfrats, restait à les débarrasser de leurs détritus. Jamais les rues empruntées par un convoi présidentiel n’avaient été aussi propres. Une propreté dont les Dakarois ont peu profité, privés qu’ils étaient de bars, boutiques… et autres lieux de loisirs, tous fermés.

Les Sénégalais auront finalement été les oubliés de cette visite. Même le discours prononcé par le Président Bush contre l’esclavage était plus destiné à l’électorat noir américain qu’aux Africains d’Afrique. Un point positif tout de même, le service de sécurité américain a « beaucoup apprécié la collaboration et le professionnalisme » des forces de l’ordre sénégalaises.