Burundi : le report de la présidentielle toujours en débat

Les autorités burundaises envisagent de plus en plus clairement de reporter l’élection présidentielle qui doit se tenir le 15 juillet prochain.

Le président burundais Pierre Nkurunziza a indiqué envisager un report de l’élection présidentielle prévue le 15 juillet prochain alors qu’il était en campagne électorale jeudi dans la province de Cankuzo à l’extrême est du Burundi.

Promettant de développer le secteur de l’énergie, des mines et l’éducation dans la zone, il a appelé la population à aller voter le 15 juillet prochain. En cas de report, la nouvelle date sera communiquée, a-t-il précisé. Lundi dernier, la Communauté des Etats d’Afrique de l’est (EAC), à l’issue d’un sommet dimanche des chefs d’Etat de la région, a incité le pouvoir burundais à reporter l’élection présidentielle jusqu’au 30 juillet.

Vers un scrutin le 26 juillet ?

Le porte-parole de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), Prosper Ntahorwamiye a jugé impossible un report à la date proposée par l’organisation panafricaine, selon Anadolu Agency. La Constitution burundaise stipule que « l’élection du Président de la République a lieu un mois au moins et deux mois au plus avant l’expiration du mandat du Président de la République, or l’actuel Chef de l’Etat a prêté serment le 26 août 2010, la date limite de la validité constitutionnelle de son mandat est le 26 août 2015 », a indiqué le porte-parole. La date limite pour l’organisation de la Présidentielle est le 26 juillet, soit un mois jour pour jour avant la date de fin de validité du mandat de Pierre Nkurunziza le 26 août.

Même son de cloche du côté de l’ambassadeur burundais à l’Organisation des Nations unies (ONU), Albert Shingiro, qui a exclu jeudi un report du scrutin tel que préconisé par l’EAC sans exclure un « glissement de quelques jours », mais pas plus d’une semaine.

Huit candidats inscrits, quatre en campagne

La CENI a déclaré avoir enregistré huit candidats pour la prochaine élection. L’actuel président Pierre Nkurunziza du parti au pouvoir, le CNDD-FDD, a été un des premiers à s’inscrire. Gerard Nduwayo du parti UPRONA perçu par certains opposants comme un faire-valoir du pouvoir justifie sa candidature par son attachement à « la démocratie consensuelle au Burundi ». Le troisième candidat s’appelle Jacques Bigirimana, président des Forces nationales de libération (FNL) qui avait déclaré à un troisième mandat du président tout en enjoignant ses partisans à ne pas descendre dans les rues. Le parti de la Coalition des partis politiques pour une opposition participative (COPA) sera représenté par Jean de Dieu Mutabazi, soupçonné d’être proche du pouvoir. Seuls ces candidats sont actuellement en campagne.

Les autres inscrits ont annoncé boycotter ce scrutin pour les mêmes raisons que lors du scrutin législatif, notamment la fermeture des médias privés d’opposition par le pouvoir, le désarmement des milices proche du CNDD-FDD. Il s’agit des anciens présidents Domitien Ndayizeye pour la coalition Ranac et Sylvestre Ntibantunganya comme Indépendant de Gira Ijambo (qui signifie en français : Aie la parole), d’Agathon Rwasa membre de la coalition des Indépendants Amizero y’Abarundi et de Jean Minani du FRODEBU Nyakuri.

Le médiateur de l’ONU a déclaré avoir fini son mandat

Le boycott de plusieurs formations d’opposition burundaises n’a pas empêché le parti au pouvoir d’obtenir 77 sièges sur les 100 de l’Assemblée nationale. La coalition des Indépendants de l’espoir d’Agathon Rwasa et de Charles Nditije a obtenu 21 sièges, alors qu’ils avaient appelé au boycott, tandis que l’UPRONA, proche du pouvoir, a élu deux députés.

Le médiateur de l’ONU, Abdoulaye Bathily, critiqué par le pouvoir qui avait demandé sa démission, a indiqué avoir fini son mandat. Le médiateur de l’EAC, Yoweri Museveni, reste seul à la manœuvre pour trouver une solution politique qui agite le Burundi depuis le 26 avril dernier.