Burundi : affrontements mortels entre rebelles des FNL

Les combats entre deux factions des rebelles burundais des Forces nationales de libération ont fait 21 morts mardi, au Nord de la capitale. Cela faisait deux ans que Bujumbura n’avait plus connu de telles violences. Le ministre de la Défense a dénoncé « une violation grave du cessez-le-feu ».

Une heure de combats, au moins 21 morts, quatre blessés et 5 000 personnes en fuite. C’est le bilan de l’attaque que les Forces nationales de libération (FNL) ont menée, à 3h du matin (GMT) contre la faction rivale de ce mouvement, alors en pleine prière. Les violences se sont déroulées dans le quartier de Buterere, au Nord de Bujumbura, où les autorités avaient laissé s’installer les dissidents des FNL. Une faveur que le leader Agathon Rwasa, notamment contesté à cause de ses « violations flagrantes des droits de l’homme », aurait interprétée comme un soutien du pouvoir à ceux qui ont fait défection.

Le ministre burundais de la Défense, Germain Niyoyankana, a reconnu qu’héberger « des dissidents rebelles au milieu de la population [était] une erreur (…) que nous ne devrions plus refaire ». Le lieutenant-général s’est cependant montré très ferme quant aux incidents, les plus graves qu’ait connus la capitale depuis deux ans. Il les a qualifiés de « violation grave de l’accord de cessez-le-feu » signé le 7 septembre 2006 par le gouvernement et les FNL, le dernier groupe rebelle toujours en guerre avec le pouvoir. Décidé à ce que cela ne se reproduise pas, Germain Niyoyankana a menacé les belligérants. « Nous demandons à la communauté internationale de comprendre [que] si demain de tels actes devaient se répéter, on ne va pas laisser faire », a-t-il déclaré.

Processus de paix brinquebalant

Dans le courant de la journée de mardi, les quelque 5 000 Burundais qui avaient fui dans des quartiers avoisinants sont timidement retournés chez eux. On pouvait voir des corps sans vie dans les rues et les rizières. Parmi les victimes, il y aurait au moins 11 rebelles – dont une femme – du mouvement des FNL dissident. Plusieurs combattants de cette branche se seraient par ailleurs rendus à l’armée, avant d’être désarmés. A noter qu’une journaliste de la radio privée Bonesha et son chauffeur ont été pris en otage deux heures par les fidèles d’Agathon Rwasa : comme Alice Hakizimana était accompagnée de policiers, elle était perçue comme une espionne qui pouvait mettre en péril la sécurité de leurs positions.

Ces heurts surviennent alors que le terrain devant mener à la paix reste tortueux. Bujumbura ne s’est toujours pas entendu avec les FNL pour définir quelles seraient les responsabilités qu’ils auraient au sein de l’armée et de la police. Et, en juillet, les représentants des FNL engagés dans l’application poussive de l’accord de cessez-le-feu ont repris le maquis. C’est dans ce contexte que l’Union Africaine a demandé que l’accord de paix définitif soit trouvé « d’ici la fin de l’année », a expliqué à Irin Charles Nqakula, ministre sud-africain de la sûreté et facilitateur dans le processus de paix. Un accord qui ne concernera que le « mouvement [des FNL] disposé à œuvrer pour l’accélération du processus de paix », a souligné le président Pierre Nkurunziza, d’après les propos rapportés par Irin. Mais sera-t-il possible d’obtenir une paix durable en laissant une partie des rebelles sur le bord de la route ?