Burkina : la menace de coup d’Etat était réelle

Le procès des putschistes présumés, soupçonnés d’avoir voulu renverser le Président burkinabé Blaise Compaoré, s’est ouvert mardi dernier à Ouagadougou. Les accusés entendus ne nient pas la tentative de putsch et affichent sans complexe leurs motivations. En revanche, l’identité des éléments extérieurs qui auraient aidé les treize comploteurs reste un mystère.

Les comploteurs vident leur sac. Les treize Burkinabés, arrêtés en octobre dernier pour avoir comploté en vue de renverser leur Président, Blaise Compaoré, sont jugés depuis mardi à dans un tribunal militaire de Ouagadougou. Ceux qui ont déjà été entendus affichent sans complexe les raisons qui les ont poussées à fomenter un putsch. L’autre enjeu du procès est de vérifier des allégations selon lesquelles les accusés auraient bénéficié d’un soutien extérieur pour mettre sur pied leur plan.

Fier d’avoir comploté

Le projet des onze militaires et des deux civils qui comparaissent avait été déjoué par les services de sécurité en septembre. Le coup devait avoir lieu entre « novembre et décembre 2003 ». Coup à la suite duquel l’ancien ministre de la Défense, le général Kouamé Lougué, aurait dû prendre la tête de l’Etat. Les accusés avaient été arrêtés entre le 1er et le 7 octobre 2003, officiellement pour « atteinte à la sûreté de l’Etat ». Mais d’aucuns assurent que les autorités burkinabés avaient bel et bien flairé, officieusement, le putsch. Le capitaine Luther Diapagri Ouali est le cerveau présumé du plan de déstabilisation. Il est jugé pour « complot et attentat à la sûreté de l’Etat », comme tous les autres prévenus, mais il est en plus accusé de « trahison » et « intelligence avec une puissance étrangère ».

Le militaire éprouve une certaine fierté à comparaître. « Je ne suis pas mécontent d’être là aujourd’hui (mercredi, ndlr). C’est le devoir d’un officier, c’est un devoir patriotique de faire face au délaissement de la population et de destituer Compaoré », a-t-il déclaré lors de son audition. Audition au cours de laquelle il n’a laissé aucun tabou brider sa pensée. Le militaire, nostalgique de l’époque de Thomas Sankara, a avoué, mercredi, avoir « eu l’idée d’enlever le Président Compaoré de son fauteuil. Depuis 2000, j’avais envie de faire bouger les choses pour mon pays en écartant Compaoré qui est le seul mal du Burkina Faso ». L’officier de 44 ans voulait aussi se faire justice pour les « brimades » dont il a été l’objet au cours de sa carrière mais n’oubliait pas les autres militaires. Selon ses dires, ceux qui ont été envoyés en mission au Liberia comme mercenaires en 1998 n’ont toujours pas touché les indemnités promises par l’Etat.

Préparer l’attaque

Comment expliquer qu’un projet né en l’an 2000 ne se matérialise qu’en 2003 ? A l’époque de l’arrestation, Abdoulaye Barry, le procureur militaire, avait déclaré que « le projet a été mûri depuis 2001 et réactivé en septembre dernier. Les intéressés attendaient d’avoir les moyens ». Les moyens humains d’abord. Luther Diapagri Ouali a notamment approché le caporal Babou Noan qui a accepté sans hésiter sa proposition. L’homme aurait voulu « se venger » d’avoir été « injustement chassé » du Régiment de sûreté présidentielle, un corps auquel appartenaient presque tous les accusés. Valeur sûre, Babou Noan a recruté cinq militaires, eux aussi présents dans le box.

Luther Diapagri Ouali ne limite pas ses recherches aux frontières de son pays. Selon l’acte d’accusation, il aurait séjourné entre août 2002 et juin 2003 en Côte d’Ivoire, au Togo, au Ghana et au Bénin pour demander des « appuis financiers et logistiques ». Le capitaine a reconnu avoir pris des contacts avec l’entourage du Président béninois Mathieu Kérékou et avec un commandant togolais, un certain « Yak ». Il par ailleurs reçu 76 000 euros d’un proche de Laurent Gbagbo, le commandant Raphaël Logbo, qui est aussi un ami de l’accusé.

La Côte d’Ivoire soupçonnée

Mais le militaire burkinabé assure que cette somme était destinée à lui permettre de monter une société de transport. Il cite pour preuve de sa bonne foi l’achat de trois véhicules et certifie avoir distribué le restant à des collègues « dans le besoin ». L’accusation ne voit pas les choses sous cet angle. Elle estime que l’argent a servi a acheter des véhicules tout-terrain, à recruter des hommes et financer des « séances de sacrifices occultes pour la réussite du coup ». La justice burkinabé estime notamment qu’Abidjan devait livrer « une importante quantité d’armes et de munitions ». Des allégations que réfutent catégoriquement les autorités ivoiriennes.

Le procès devrait se terminer en fin de semaine. Luther Diapagri Ouali risque la peine de mort s’il est reconnu coupable de trahison. Les autres accusés (parmi lesquels le Pasteur Israël-Pascal Paré et le leader du Front des forces sociales, Norbert Tiendrebeogo) pourraient écoper de peines allant jusqu’à 20 ans d’emprisonnement si la justice les condamne pour complot destiné à attenter à la sûreté de l’Etat.

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