Burkina : l’opposition dénonce des fraudes du parti au pouvoir aux Municipales

L’opposition burkinabè était face à la presse, ce lundi 30 mai 2016. Le bilan de sa participation aux élections municipales du 22 mai 2016 (campagne, élection et vote) était le principal point de la conférence de presse. Concernant les élections municipales, la note de l’opposition est « qu’il y a eu un grave recul démocratique ».

A Ouagadougou,

Dans sa déclaration liminaire, le chef de file de l’opposition politique burkinabè (CFOP) affirme avoir constaté « un grave recul démocratique avec les violences qui ont émaillé le scrutin et des tentatives de fraudes massives ».

Roch Kaboré a oublié

Au chapitre des violences, citant le Président du Faso, Roch Kaboré, qui a affirmé que le rubicond a été franchi, le CFOP estime qu’il a « tout à fait raison. Sauf qu’il (Roch Kaboré) a oublié de reconnaître que ces violences sont le fait de son propre parti, le MPP et qu’il doit commencer par mettre de l’ordre dans sa propre maison ».
Dans certaines communes, notamment à Bouroum Bouroum, Béguédo ou Zogoré, les élections n’ont pas pu se tenir. L’opposition déclare prendre acte de la décision de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) de reporter les votes, mais prévient : « lors de cette reprise, seules les listes qui avaient été déjà validées pourront concourir ».

L’autre fait non moins marquant pour l’opposition, « c’est le faible taux de participation record, 47,93% selon la CENI. Pour l’opposition, cette désaffection pour la consultation électorale découle de la grande désillusion des Burkinabè, qui ne croient plus en l’utilité du vote. C’est une interpellation forte pour le régime en place et pour l’ensemble de la classe politique ».
Cependant, l’opposition se félicite des résultats obtenus : « L’opposition a récolté à ces élections, un total de 6 054 conseillers sur 19 152 sièges pourvus, et deux partis politiques d’opposition figurent parmi le trio de tête. C’est bien la première fois dans l’histoire des élections municipales sous la 4ème République que l’opposition engrange un tel nombre de sièges. Dans la ville de Ouagadougou, l’opposition est même en passe de conquérir plusieurs arrondissements », foi de Zéphirin Diabré et ses camarades.
Le CFOP exige que tout le monde rende des comptes y compris les acteurs de la Transition. Pour cela, le rapport intégral de l’Autorité Supérieure de Contrôle d’Etat et de Lutte contre la Corruption (CASCE-LC) doit être transmis au CFOP, et s’il y a lieu, procéder à des mises en accusation.

Sur les questions judiciaires

Le CFOP s’inquiète des lenteurs et des immixtions dans les dossiers en cours. Il s’indigne davantage de la décision de la Cour de cassation qui a livré deux verdicts différents, le même jour, dans l’affaire des mandats contre Soro. Le CFOP s’inquiète également des détentions sans fin et systématiques dans l’instruction du putsch militaire. Il exhorte à l’observation du principe de « l’exception » en matière de détention.
Enfin sur les dernières Municipales, le CFOP accuse la majorité d’avoir joué les fauteurs de troubles durant tout le processus. D’avoir orchestré les empêchements chaque fois que ses listes n’étaient pas en situation d’être réceptionnées. Le CFOP prévient qu’il n’admettra pas que des listes MPP disqualifiées puissent être acceptées dans les reprises à venir. Il reste à voir si la belle cohésion du CFOP résistera à l’épreuve de la désignation des maires. Dans certaines communes, déjà les élus du CFOP rechigneraient à exécuter la directive de la « démarcation avec les partis de la majorité ».