Burkina Faso : une présidentielle jouée d’avance

Prévue pour le 21 novembre 2010, le premier tour de l’élection présidentielle n’enthousiaste pas les Burkinabè, qui l’estiment jouée d’avance. Candidat à sa propre succession, Blaise Compaoré part archi-favori face à six candidats de l’opposition, pendant que ses partisans s’activent pour lui garantir la présidence à vie.

De notre correspondant

L’élection présidentielle ne sera-t-elle qu’une simple formalité pour Blaise Compaoré en route pour un quatrième mandat consécutif ? Prévue pour le 21 novembre 2010, l’élection présidentielle ne passionne pas les Burkinabè, qui l’estiment jouée d’avance. Signe de ce désintérêt, ils ne se sont pas bousculés pour se faire enrôler sur les listes électorales. Sur un potentiel d’environ 7,5 millions votants seulement 3 239 852 électeurs ont été enregistrés à l’issue du recensement électoral achevé le 15 avril.

Blaise archi favori, place à la bataille fratricide des sankaristes

Candidat à sa propre succession, Blaise Compaoré au pouvoir depuis 1987, part archi-favori face à six candidats de l’opposition. Le seul suspense dans ces élections, pourrait donc se résumer au duel fratricide que se livreront les Sankaristes. En effet, contre Blaise Compaoré, se présentent trois candidats se réclamant tous héritiers légitimes de Thomas Sankara. Le plus en vue d’entre eux, Me Bénénewendé Sankara, arrivé second aux élections de 2005 avec 4,88%, tentera de conforter sa position tout en grignotant quelques voix à Blaise Compaoré. Mais les ambitions du Chef de file de l’opposition burkinabè, font remarquer les observateurs, pourraient être contrariées par Arba Hama Diallo, député-maire de la commune de Dori, à 260 Km au Nord de Ouagadougou. Âgé de 71 ans, cet ancien ministre de Thomas Sankara et fonctionnaire retraité des Nations unies, jouit d’un capital confiance auprès des élites citadines. Le troisième sankariste en lice est l’ex-commandant et compagnon d’armes de Thomas Sankara, Boukary Kaboré dit « le lion ».

Quant aux autres prétendants, il s’agit de Pargui Emile Paré, candidat malheureux en 2005, François et Maxime, tous deux Kaboré. Si le premier cité défendra les couleurs du PDP/PS, parti créé par l’historien Joseph Ki-Zerbo, Maxime Kaboré, lui se présente en indépendant, une première au Burkina Faso.

La constitution bientôt charcutée ?

Preuve que les jeux sont faits, le Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP), le parti de Blaise Compaoré, a la tête déjà en 2015. En projet, une modification de la Constitution, qui garantirait le pouvoir à vie pour leur candidat. Au début rumeur, cette volonté de supprimer la limitation du nombre des mandats présidentiels, a été officialisé le 7 août 2010, lors d’un congrès extraordinaire du parti au pouvoir.

Pour leur barrer la route, un universitaire, un politologue, un avocat et un journaliste, ont initié une pétition en vue de sacraliser l’article 37 qui, selon la Constitution burkinabè, interdit à Blaise Compaoré, une fois élu le 21 novembre, de prétendre à un autre mandat présidentiel. Mais cette initiative a tout du coup d’épée dans l’eau. De leur côté, les partisans de Blaise Compaoré s’activent pour dynamiter ce verrou constitutionnel. Et selon toute vraisemblance, la loi fondamentale subira le sort du lit de Procuste. Et bien que majoritaire à l’Assemblée nationale, le parti du président sortant pourrait, pour se prémunir d’une volée de bois vert de la communauté internationale, soumettre le projet au référendum. Facilitateur dans de nombreuses crises politiques de la sous-région, Blaise Compaoré se soucie de son image. Pour cela, l’onction populaire est le meilleur paravent. C’est connu.