Burkina Faso : quand la CEDEAO parle de « voies non constitutionnelles »

Blaise Compaoré, le désormais ex-dirigeant du Burkina Faso, a quitté le pouvoir, poussé à la porte par son peuple, aidé par l’armée. Avant la démission du Président du Faso, la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) avait indiqué qu’elle ne reconnaîtrait aucune accession au pouvoir par des « voies non constitutionnelles ». Une sortie qui pose problème. Pourquoi donc ?

Dans un communiqué transmis à l’Agence de presse sénégalaise, la Communauté Economique Des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a « exhorté toutes les forces vives de la nation (burkinabè), notamment l’ensemble des acteurs de la classe politique, à privilégier le dialogue dans le but de dégager un consensus politique en vue de parvenir à des élections libres, justes et crédibles, dans le respect des dispositions constitutionnelles ».

En outre, la CEDEAO, qui s’est dit « fidèle à ses principes, soutient qu’elle ne reconnaitra aucune accession au pouvoir par des voies non constitutionnelles » au Burkina Faso. Ayant pourtant accepté en son sein celui qui a accédé au pouvoir il y a 27 ans par la pire des manières, en exécutant notamment son frère d’arme et de sang, le jeune président Thomas Sankara. Ce qui paraît paradoxal est que le communiqué de la CEDEAO a été lancé au moment-même où Blaise Compaoré s’est retrouvé dans une mauvaise posture, face à son peuple qui, aidé par l’armée, lui dit non pour un autre mandat, qui lui, pour sûr, allait être arraché par… voie non constitutionnelle.

Sauf que la CEDEAO, au moment où Blaise Compaoré tentait, par voies non constitutionnelles, de se tailler une belle Constitution sur mesure, notamment en voulant modifier l’article 37 de la Constitution pour forcer sa candidature à la Présidentielle de 2015, après 27 années de règne sans partage, a semblé fermer le yeux sur ce vrai coup d’Etat constitutionnel. Cette institution ouest-africaine a préféré en effet se ranger derrière le Président du Faso et le laisser s’adonner à des pratiques non constitutionnelles. Sauf que ce club de chefs d’Etats ouest-africains, qui ne semblent défendre que leurs intérêts, avaient oublié que le peuple est, et restera souverain.

Ce qui compte aujourd’hui au Burkina Faso, ce n’est pas, comme le pense la CEDEAO, l’intérêt du chef de la Nation qui est prioritaire, mais l’intérêt de la Nation elle-même. Et celle-ci, a eu le soutien d’une armée mature, qui a pris le pouvoir sans tambour ni trompette, n’en déplaise à la Communauté Economique des Chefs d’Etat d’Afrique de l’Ouest. Puisque, à priori, cette institution n’est là que pour défendre les intérêts des chefs d’Etat et non des Etats. Mais, qu’ils se le tiennent tous pour dit, le peuple est souverain.