Burkina Faso, pays des hommes en colère

Après les manifestations d’étudiants, les précédentes rebellions de militaires et la grève des enseignants, c’est au tour du régiment présidentiel de se mutiner. Les soldats ont tiré en l’air aux alentours du palais présidentiel, obligeant Blaise Compaoré à quitter Ouagadougou dans la nuit, pour sa ville natale de Ziniaré.

Un vent de protestation souffle sur « le pays des hommes intègres ». Le président burkinabè Blaise Compaoré est confronté à l’une des pires crises de son régime. Il était près de 22 heures jeudi soir quand des dizaines de militaires du régiment présidentiel se sont mutinés, alors qu’ils sont pourtant les éléments les plus performants et les mieux payés de l’armée burkinabè.

Les mutins ont d’abord tiré en l’air avec des armes lourdes et légères depuis leurs casernes, dont une située à quelques mètres du palais présidentiel, avant de se rendre dans le centre ville pour exprimer leur mécontentement. Ils réclament le versement de leurs indemnités logement et le départ de leur chef d’état-major, le Général Gilbert Diendéré, proche de Blaise Compaoré, dont la maison a été saccagée hier soir. « Ce sont seulement quelques jeunes militaires qui sont en train de faire n’importe quoi », a tenté de relativiser un responsable militaire, affirmant que les autorités « géraient désormais la situation ». De nouveaux tirs d’armes à feu ont pourtant été encore entendus dans la journée de vendredi.

Cette nouvelle rébellion, aux portes de son palais, semble inquiéter le président Blaise Compaoré. Il a quitté Ouagadougou, dans la nuit de jeudi à vendredi, pour sa ville natale de Ziniaré, située à une trentaine de kilomètres de la capitale, avant de revenir vendredi matin.

Avant la mutinerie des soldats de la compagnie présidentielle, d’autres militaires s’étaient déjà révoltés en mars. Leurs revendications étaient beaucoup moins politiques – puisqu’ils réclamaient la libération de plusieurs frères d’armes emprisonnés pour des affaires de mœurs et de viols – mais la révolte de ces dizaines de soldats du rang illustrent le climat de tension qui s’empare du pays.

Protestations en série

Les mouvements de contestation du président se multiplient ces derniers mois. Une grande partie des enseignants burkinabè sont en grève depuis mercredi. Cet arrêt de travail a été lancé conjointement par les deux principaux syndicats de l’éducation, le Syndicat national des enseignants du secondaire et du supérieur (SNESS) et le Syndicat national des travailleurs de l’éducation et de la recherche (Synter). Cette grève vise à obtenir du gouvernement de meilleures conditions de travail et des augmentations salariales promises depuis 2006. La plupart des écoles publiques de Ouagadougou sont toujours fermées, selon l’Observateur Paalga.

Avant cela, la dernière contestation populaire en date remonte à une semaine, quand près de 10 000 personnes ont manifesté vendredi 8 avril à Ouagadougou et dans plusieurs autres villes du Burkina Faso. Ils se sont réunis à l’appel d’une quarantaine d’associations et de syndicats, contre « le coût de la vie et l’impunité du régime hyper-autoritaire ».

Enfin, de violentes manifestations ont également opposé étudiants et policiers fin février, après la mort de l’élève Justin Zongo dans de troubles circonstances. D’autres mobilisations s’étaient produites par la suite dans tout le pays, faisant au moins six morts, dont quatre étudiants.

Un climat de tension pourrait encore monter d’un cran ces prochains jours à cause des coupures d’électricité répétitives au Burkina Faso, victime collatérale du conflit post-électoral ivoirien et de la bataille d’Abidjan. Les affrontements entre les partisans de l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo et ceux de son successeur Alassane Ouattara ont détruit des équipements du réseau électrique, en interconnexion avec le Burkina Faso, désormais plongé dans le noir en partie. « Il n’y a plus d’électricité dans les quartiers populaires et résidentiels. Seul le quartier des ambassades est préservé », témoigne notre correspondant à Ouagadougou.

La réponse de Blaise Compaoré

Contraint à la fuite hier, le président burkinabè essaye pourtant de calmer la fronde coûte que coûte. Les autorités publiques travaillent activement pour résoudre cette crise électrique, qui pourrait soulever un « ras le bol » populaire. Mais la malchance joue contre elles. Une partie des centrales mobiles de production d’électricité, commandées pour pallier le manque, sont bloquées au port de Dakar et les barrages qui alimentaient le Nord et l’Ouest du pays sont également tombés en panne.

Depuis les soulèvements militaires du mois de mars, Blaise Compaoré a entamé une série de consultations avec les différentes catégories socioprofessionnelles. Cette mesure avait permis de calmer la protestation des militaires, jusqu’à la mutinerie de jeudi soir. Les mutins ont obtenu, hier soir, l’appui de plusieurs officiers. Mais les généraux restent fidèles au régime Compaoré. La pression monte pour l’actuel président du Burkina Faso qui avait, lui même, accédé au pouvoir il y a 24 ans, après un coup d’État militaire. Il a été réélu en novembre dernier avec, officiellement, 80,15 % des suffrages.