Burkina Faso : les propositions de la CEDEAO divisent

A l’issue des propositions faites par la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), dimanche, pour sortir le Burkina Faso de la crise, les réactions sont mitigées.

Alors que l’ancien parti de l’ex-Président Blaise Compaoré, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), s’est déclaré satisfait, Roch Marc Christian Kaboré, l’opposant du mouvement du peuple pour le progrès (MPP) qui était un des favoris à l’élection présidentielle a indiqué être « surpris » par les propositions faite par la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

Des propositions adoptées sans concertation ?

Au terme de trois jours de discussions à l’hôtel Laico de Ouagadougou, les médiateurs de la CEDEAO, emmenés par le président en exercice de l’institution Macky Sall, n’ont pas pu aboutir à un accord mais à des propositions qui doivent être adoptées, mardi prochain, au Nigeria par les chef des Etats membres. Il s’agit de replacer Michel Kafando comme président de la Transition, de libérer tous les prisonniers, d’exclure tous les militaires du gouvernement provisoire, notamment l’ancien Premier ministre Isaac Zida. Des élections présidentielle et législatives devront être organisées avant le 22 novembre tandis que tous les protagonistes du coup d’Etat devront être graciés par un vote avant le 30 septembre prochain.

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« Nous avons toujours considéré que la question de l’inclusion » des anciens partisans de Blaise Compaoré « est une question qui a été tranchée. (…) A partir du moment où nous n’avons pas eu l’opportunité ni de poser des questions ni de donner des avis sur ces différents points, évidemment, je dois marquer ma surprise », a déclaré Roch Marc Christian Kaboré. Le général Gilbert Diendéré, à la tête du Conseil national pour la démocratie, avait justifié ce coup d’Etat par la nouvelle disposition de la loi électorale « taillée sur mesure », votée en juillet dernier. Elle excluait les partisans de Blaise Compaoré de toutes les élections à venir.

« Les chefs d’Etat de la CEDEAO ne peuvent pas cautionner ainsi un coup d’Etat »

Alors qu’il était un des favoris à la Présidentielle qui était prévue le 11 octobre prochain, l’irruption probable de dizaines de candidats exclus par le Conseil constitutionnel à l’occasion des prochaines élections annoncées, fragilise grandement sa candidature. « Les putschistes qui ont fait le coup d’Etat ont dit, dès leur première déclaration, que c’est pour permettre des élections inclusives, pour permettre aux candidats déclarés inéligibles par le Conseil constitutionnel, d’être éligibles. Et là, la CEDEAO accède à tous ça ? Nous considérons tout simplement que les chefs d’Etat de la CEDEAO ne peuvent pas cautionner, légitimer ainsi un coup d’Etat », a déclaré, furieux, le porte-parole du mouvement burkinabé le Balai Citoyen, Guy Hervé Kam.

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L’organisation ouest-africaine avait condamné le Burkina Faso, le 13 juillet dernier, à cause du nouveau code électoral en vigueur. La CEDEAO avait alors déclaré que le Conseil national de Transition s’était rendu coupable d’une « violation flagrante des droits de l’Homme, des libertés d’opinion, y compris politique, notamment la liberté de participer aux élections et d’être élu ». Les militants du CDP se réjouissent de ces nouvelles propositions qui valident presque toutes leurs revendications. Du côté des manifestants qui se sont opposés publiquement à ce coup d’Etat, la réaction risque d’être plus nuancée alors que plusieurs personnes auraient été tuées et des dizaines d’autres blessées, rapporte RFI.