Burkina Faso : les autorités et les enseignants en grève négocient

Des discussions sont en cours entre les syndicats des enseignants et le gouvernement de Blaise Compaoré. Les professeurs du collège et du lycée observent une « grève illimitée » depuis lundi au Burkina Faso. Ils disposent du soutien indéfectible des élèves qui ont violemment manifesté mardi à Gaoua, à l’ouest de la capitale Ouagadougou. Les enseignants exigent le versement de leurs indemnités et la limitation des effectifs dans les classes.

La deadline a été fixée pour ce jeudi 17 heures (GMT, heure locale). Le gouvernement burkinabè a demandé 48 heures à la Fédération des syndicats nationaux des travailleurs de l’éducation et de la recherche (F-SYNTER) pour trouver une issue au conflit qui l’oppose aux enseignants, rapporte L’Observateur Paalga. Ces derniers ont débuté lundi une « grève illimitée » pour protester contre leur condition salariale et les classes surchargées. Ils disposent dans cette lutte du soutien des élèves regroupés au sein de la Fédération des étudiants et scolaires du Burkina Faso (FESBF). Une centaine d’entre eux a violemment manifesté dans la capitale Ouagadougou et dans plusieurs autres villes du pays. A Gaoua, à l’ouest de la capitale, des jeunes ont mis le feu mardi au siège du parti présidentiel, le Congrès pour la démocratie et le progrès, ainsi qu’à la résidence du chef de l’Etat Blaise Compaoré. Ils ont également saccagé les locaux de la direction régionale de l’Enseignement supérieur. Les affrontements entre les enseignants grévistes, accompagnés des élèves instituteurs, et les forces de l’ordre ont fait deux blessés à Ouahigouya, au nord du pays.

Des « avancées » dans les négociations.

« Il y a des avancées » sur toutes les revendications, a indiqué mercredi Albert Ouédraogo, le ministre des Enseignements secondaire et supérieur. Le gouvernement a promis de « relever » la grille des indemnités des enseignants, selon Mamadou Barro, le secrétaire général de la F-SYNTER qui souligne que « les discussions ne sont pas achevées ». Le syndicat enseignant a manifesté mercredi sa volonté de dialoguer avec les autorités politiques. La Fédération des syndicats nationaux des travailleurs de l’éducation et de la recherche a annulé une marche prévue mercredi suite à l’irruption d’élèves au sein de la Bourse du travail, d’où devait partir le mouvement. Mamadou Barro a expliqué cette décision en affirmant : « Les élèves ont des organisations certes, mais elles ne maîtrisent pas leurs mouvements et les débordements. Si nous sortons pour une marche, ils se diront qu’une solution n’a pas été trouvée entre le gouvernement et nous. Ils vont sortir à leur tour, et ce sera les casses de nouveau ». L’objet de cette marche était de porter un message à leur ministre de tutelle.

Les enseignants et instituteurs en formation grévistes attendent la fin du délai de 48 heures pour connaître les propositions du gouvernement. « Nous sommes engagés et nous irons jusqu’au bout. Vendredi matin, avec ou sans autorisation, nous serons au ministère », a averti Mamadou Barro. Le gouvernement, quant à lui, a déjà ordonné la reprise des cours lundi 30 mai au plus tard.

La grève des enseignants n’est qu’un soubresaut de plus au Burkina Faso déjà secoué par de nombreuses révoltes. Quelques éléments de la Garde nationale se sont brièvement mutinés lundi soir à Ouagadougou. Ils ont tiré en l’air avant de rejoindre leur caserne. Le climat social dans le pays dirigé par Blaise Compaoré depuis 1987 est extrêmement tendu depuis le décès dans des circonstances étranges du jeune Justin Zongo, à Koudougou, le 20 février dernier. Le pouvoir du chef de l’Etat burkinabè, qui a pris fin avril les rênes du ministère de la Défense, est depuis ébranlé par ce mouvement de contestation généralisé dans tout le pays.