Bouteflika garde son trône

Abdelaziz Bouteflika a été réélu, jeudi, avec 83,49% des voix. Le Président algérien sortant a, officiellement, écrasé son principal adversaire, Ali Benflis, qui n’a remporté que 7,93% des suffrages. Ce dernier dénonce, avec deux autres candidats, une « fraude massive et généralisée ».

Un plébiscite électoral. Le Président sortant algérien Abdelaziz Bouteflika a été officiellement réélu, jeudi, avec 83,49% des voix. Trois des cinq autres candidats en lice crient à la « fraude massive et généralisée ». Certains Algériens, s’ils admettent que le score du chef d’Etat est trop écrasant pour être crédible, concèdent que beaucoup ont été sensibles au retour de la paix dans le pays promis par M. Bouteflika.

Les chiffres officiels annoncent une véritable débâcle de l’opposition. 83,49% des suffrages pour Abdelaziz Bouteflika, 7,93% pour Ali Benflis (Front de Libération Nationale, FLN), 4,84% pour l’islamiste radical Abdallah Djaballah et 1,93% pour le représentant du courant laïque de Saïd Sadi. Les deux autres candidats, la porte-parole du Parti des travailleurs (PT) Louisa Hanoune et le président du parti nationaliste Ahd 54 Ali Fawzi Rebaïne, ont respectivement glané 1,16% et 0,64% des voix. Comme si M. Bouteflika n’avait jamais eu de challengers sérieux.

Plus d’abstention qu’en 1999

42,22% d’abstention. Pour ce grand rendez-vous électoral, l’affluence n’a donc pas été au rendez-vous. Pourtant, la perspective d’un second tour, le 22 avril, opposant le Président sortant à Ali Benflis, son principal adversaire, et ancien Premier ministre, en avait motivé plus d’un. Certains Algériens se sont même dirigés pour la première fois depuis longtemps aux urnes, pensant que cette fois-ci l’élection n’était pas jouée d’avance. L’engouement, au final, n’a pas été général : le taux de participation est de 57,78%, contre 60,25 lors de la présidentielle de1999.

Les Kabyles (Est) ont fréquenté les urnes à hauteur de 17%. L’appel au boycott demandé par une partie des âarouchs (comités de village) n’a pas découragé certains électeurs de voter. Même si 612 bureaux de vote ont été « saccagés » ou « empêchés d’ouvrir » dans la région par des jeunes qui voulaient perturber le scrutin pour suivre le mot d’ordre de grève.

Victoire célébrée avant la fin du scrutin

Dans le reste du pays, le scrutin s’est plutôt déroulé dans le calme. Toutefois, une manifestation de protestation organisée, jeudi après-midi, par Ali Benflis, Saïd Sadi (Rassemblement pour la culture et la démocratie, RCD) et Abdallah Djaballah (Mouvement de la Réforme nationale, MRN) a été réprimée par les forces de police. Les candidats entendaient dénoncer une nouvelle fois la « fraude massive et généralisée » qui s’opérait dans le pays et à l’étranger, où les émigrés ont voté du 3 au 8 avril inclus.

Certaines irrégularités ont été constatées. De nombreux électeurs n’ont pas pu voter parce que leur nom ne figurait pas sur les listes électorales. Des centres de vote manquaient dans certaines zones. Les médias ont été monopolisés par le candidat sortant pendant la campagne. La goutte d’eau pour les candidats a été l’annonce, par le directeur de campagne de M. Bouteflika, que ce dernier avait remporté l’élection bien avant la clôture du vote. Selon le FLN, ils auraient même exhorté leurs partisans à investir les rues pour célébrer la victoire. Victoire célébrée toute la nuit à coup de youyous, de klaxons et de pétards.

Des Algériens votent pour la sécurité

Pour les concurrents de M. Bouteflika, qui attendaient avec certitude un second tour, la fraude était un fait acquis. Mais à l’annonce des résultats de l’élection, ils ont eu le souffle coupé. « Nous ne reconnaissons en aucun cas ces résultats. Nous savions que Abdelaziz Bouteflika allait frauder, mais nous pensions qu’il allait au moins y mettre les formes, explique Abdelkader Sallat, le directeur de campagne d’Ali Benflis. Ce score incroyable montre bien qu’il a besoin d’une légitimité, même surfaite et fabriquée. Ces 83,49% représentent bien ce que Bouteflika a toujours voulu faire : écraser tout le monde. » Le ministre de l’Intérieur a « catégoriquement » rejeté toute accusation de fraude. Yazid Zerhouni a assuré qu’une « surveillance totale » du scrutin avait été assurée par les représentants de chaque candidat et par des observateurs internationaux.

Mais certains des 18 millions d’électeurs algériens assurent qu’ils voulaient la réélection du Président sortant. L’argument qui revient souvent est qu’Abdelaziz Bouteflika a ramené la paix dans le pays, « en apprivoisant une insurrection islamiste qui a fait quelque 100 000 morts en douze ans », explique la BBC. Un facteur non négligeable qui a servi de base à la campagne du Président réélu, qui n’a pas manquer de rappeler que « dans un passé récent, personne n’osait circuler ni sortir au-delà d’une certaine heure », explique La Tribune.

Les candidats déçus, soudés par l’injustice dont ils estiment être victimes, ne comptent pas rester les bras croisés. La riposte est en marche, même si la perspective d’un recours légal semble avoir peu de chances d’aboutir. « Nous allons faire appel devant la Cour constitutionnelle pour revoir ces résultats. Mais nous sommes parfaitement conscients du fait qu’elle est du côté de Bouteflika », reconnaît avec amertume, Abdelkader Sallat. Le sentiment prédominant au FLN est que la volonté du peuple a, une fois de plus, été « confisquée ».