Bourgi retropédale sur la famille Wade…

Surprise, Robert Bourgi fait marche arrière ! Auditionné jeudi dernier par la police judiciaire de Paris, Robert Bourgi aurait modifié ses déclarations explique son avocat dans une interview au quotidien français Le Parisien, dédouanant la famille Wade. Une « erreur » pour le moins surprenante qui ne manque pas de susciter de nombreuses interrogations.

Dans une interview au JDD le 18 septembre dernier, l’avocat franco-libanais Robert Bourgi avait jeté un énorme pavé dans la mare de la Françafrique en révélant les transfert de mallettes remplis de billets qu’il avait convoyé d’Afrique vers la France à destination de Dominique de Villepin, Jacques Chirac ou Jean-Marie Le Pen. Une information qui précédait de quelques jours la sortie du livre de Pierre Péan, La République des Mallettes, qui raconte par le détail les vicissitudes des relations franco-africaine.

Si dans le livre de Péan, dont la sortie est passé un peu discrètement en raison justement de l’écho médiatique des déclarations de Bourgi, 7 présidents africains étaient cités [[De Mobutu (Zaïre) à Omar Bongo (Gabon), bien sûr, en passant par Blaise Compaoré (Burkina Faso), Teodoro Obiang Nguema (Guinée Equatoriale), Denis Sassou Nguesso (Congo) et aussi Laurent Gbagbo (Côte d’Ivoire) et Abdoulaye Wade (Sénégal)]], l’interview de Robert Bourgi n’en gardait plus que 5, Mobutu, Omar Bongo, Sassou Nguesso, Laurent Gbagbo et Abdoulaye Wade, dont l’argent aurait été transporté par son fils, Karim.

Ces déclarations ont été confirmées dans certains pays (RDC, Côte d’Ivoire en particuliers, lire L’affaire Bourgi vue d’Afrique) mais la famille Wade, pour qui travaille d’ailleurs Rasseck Bourgi, frère de Robert, a toujours démenti avec force, annonçant même qu’ils allaient porter plainte pour diffamation. Lors de son audition devant la police judiciaire, son avocat Me Eric Dupont-Moretti explique cependant dans une interview au journal Le Parisien, que Robert Bourgi s’était « trompé » sur Wade ! « Une précision de taille (…), Robert Bourgi a admis que s’agissant de Wade (il), s’était trompé« , mais pour le reste, il n’aurait « que très marginalement modifié sa version« . Interrogé par RFI, Me Eric Dupont-Moretti est allé un peu plus loin dans ses explications expliquant : « Il a été amené dans le flot de l’émotion à dire un certain nombre de choses et il explique qu’il s’est trompé« . Une volte face pour le moins surprenante, car les accusations de Robert Bourgi qu’il avait déjà faîte auprès de Pierre Péan quelques mois avant pour la rédaction de son livre enquête sur « La République des Mallettes » ne sont absolument pas spontanées, mais bien réfléchies et mesurées. Ce qui n’implique cependant pas qu’elle soient réelles ou fondées, mais la thèse de l’erreur est pour le moins peu crédible.

La famille Wade a pour l’instant déclaré qu’elle maintenait sa plainte. Reste à savoir si karim Wade, de son côté, maintient aussi ses déclarations. En réponse aux accusations de Bourgi, il a en effet accusé Jacques Chirac d’avoir financé des hommes politiques sénégalais à travers Robert Bourgi : selon Karim Wade, Idrissa Seck et d’autres hommes politiques sénégalais auraient reçu de l’argent de Jacques Chirac, alors président de la France, pour qu’ils abandonnent leur soutien à Abdoulaye Wade lors de la présidentielle de 2000 au Sénégal et se rangent derrière Abdou Diouf. Robert Bourgi aurait remis 100 millions de francs Cfa à Idrissa Seck : « En septembre 1999, Idrissa Seck débarque chez nous à Versailles, exactement dans l’après-midi du dimanche 26. Je me le rappellerai toujours. Il annonce qu’il quitte le PDS car il n’y croit plus. Wade lui dit : ‘’Toi aussi mon fils, ils t’ont donc acheté !’’… Idrissa Seck baisse les yeux et fond en larmes. La scène se passe dans le salon, en ma présence, raconte Karim. Abdoulaye Wade déclare : ‘’Je te libère’. »

Enfin, faut-il voir dans ce changement de version un lien avec Rasseck Bourgi, le frère de Robert pour qui Abdoulaye Wade déclarait « Rasseck Bourgi est toujours mon fils, il a appris son métier chez moi ». Concernant les autres chefs d’états cités dans l’interview, pour l’instant aucun changement dans les déclarations de Robert Bourgi. Et l’on ne sait pas si, sur le coup de l’émotion, il a retrouvé avec qui il aurait pu confondre Wade ? Peut être avec Paul Biya dont l’absence de la liste des amis de la Françafrique n’a pas manqué de surprendre bon nombre d’observateurs.