Bouaké, l’enfer des footballeurs

Les footballeurs sénégalais, gambiens et sierra-léonais sont bloqués à Bouaké, en Côte d’Ivoire, depuis la tentative de coup d’Etat déclenchée dans la nuit du 18 au 19 septembre dernier. Coupés du reste du monde et sans véritable protection, ils vivent dans une inquiétude permanente

Si l’éclatement de la mutinerie en Côte d’Ivoire le 19 septembre dernier a de facto mis un terme à l’édition 2002 de la phase finale du tournoi de l’Union des fédérations ouest-africaines de football (Ufoa) pour les sélections nationales qui avaient pour base la ville de Bouaké, une autre compétition a, par contre, démarré. Celle, plus difficile, du retour sain et sauf au bercail. Débarquées à Bouaké le 16 septembre pour prendre part à la coupe de l’Ufoa, les équipes nationales de la Gambie, de la Sierra Leone et du Sénégal se trouvent bien malgré elles prises au piège des affrontements entre forces de l’ordre ivoiriennes.

Principal foyer des soulèvements militaires, la ville de Bouaké vit sous couvre-feu. Des coups de feu sont régulièrement tirés et les bruits de mouvement des chars assez fréquents. Une situation d’insécurité qui a conduit les délégations à circonscrire leurs déplacements dans le hall du Ran Hôtel où elles sont toutes logées.

Les blagues pour oublier

Malgré les nombreux messages de réconfort qui leur viennent d’un peu partout, les footballeurs sénégalais, sierra-leonais et gambiens n’osent pas quitter leurs chambres. Prières, séances de thé, discussions et, pour les plus courageux, les cent pas le long des deux piscines du Ran Hôtel, sont les disciplines sportives les plus pratiquées. Cette situation inattendue a fait naître une nouvelle vocation chez le président de l’Ufoa, le Sénégalais Malick Sy. Celle de boute-en-train. Pour détendre l’atmosphère et aider les sportifs à dédramatiser, Malick Sy va, de groupe en groupe, distiller quelques bonnes blagues.

L’angoisse et l’inquiétude des délégations sportives basées à Bouaké gagnent également la classe politique ouest-africaine. Le président sénégalais Abdoulaye Wade a lancé un appel à la France pour que les 700 militaires français stationnés aux abords de Bouaké ouvrent un couloir qui permettrait aux Lions de la Téranga de s’extirper de l’étau dans lequel ils se trouvent.

Retour au bercail pour 4 délégations

Dans cet imbroglio militaro-sportif, les plus chanceux sont les sélections nationales qui devaient jouer à Abidjan. La réouverture de l’aéroport international Félix Houphouët-Boigny, 48 heures après le début de la mutinerie, a permis aux délégations de quitter le sol ivoirien. Les Eperviers togolais sont rentrés à Lomé samedi. Les Aigles Verts du Nigeria et leurs homologues du Cap-Vert ont embarqué dimanche. Les derniers à partir étaient les Aigles du Mali. Ils ont rejoint Bamako lundi. Les Eléphants ivoiriens, qui avaient pris leurs quartiers à Yamoussoukro, ont regagné Abidjan sans encombres.