Bombardement de Bouaké : Poncet lance la charge

Entendu, vendredi 9 décembre, dans le cadre de l’enquête sur le bombardement du camps français de Bouaké, le 6 novembre 2004, l’ex-commandant de la force Licorne, le général Henri Poncet, a désigné comme possibles commanditaires Kadet Bertin, conseiller spécial de Gbagbo pour la défense, et le colonel-major Edouard Séka Yapo, ancien numéro un de l’armée de l’air.

Poncet accuse. Le général quatre étoiles Henri Poncet, ancien chef de la force Licorne (force de protection militaire française en Côte d’Ivoire) a émis l’hypothèse de la culpabilité de l’entourage immédiat du Président Laurent Gbagbo, dans le bombardement meurtrier d’un camp français de Bouaké (centre du pays), le 6 novembre 2004. Interrogé vendredi 9 décembre, par la juge d’instruction du tribunal aux armées de Paris (TAP), Brigitte Raynaud, le général de l’armée de terre aurait, selon une source proche du dossier, mentionné les noms de « deux personnages-clés » du pourvoir ivoirien. Le conseiller spécial du Président Gbagbo pour la défense, la sécurité et les équipements militaires Bertin Kadet, et le colonel-major Edouard Séka Yapo, ancien chef de l’armée de l’air, seraient les commanditaires de l’attaque du camp de militaires français où neuf soldats ont été tués et trente blessés.

Commandant de la force Licorne au moment des faits, c’est en simple témoin que le général a été entendu dans le cadre d’une enquête ouverte pour «assassinats, tentative d’assassinats et destructions de biens». Par ailleurs, Henri Poncet, très haut gradé de l’armée, décoré en juin dernier par le Président Jacques Chirac, est mis en examen pour « complicité d’homicide volontaire » dans l’assassinat de Firmin Mahé, un Ivoirien soupçonné de grand banditisme, arrêté par les soldats de Licorne le 13 mai dernier, puis décédé des suites de blessures alors qu’il se trouvait encore sous leur contrôle.

Passe d’armes

Les dossiers de Mahé et de Bouaké, instruits simultanément, ne simplifient pas les relations confuses qu’entretiennent l’armée française et la Côte d’Ivoire. D’une part, Maître Jean Balan, un des avocats des familles des victimes du raid de Bouaké, a « l’impression que l’affaire Mahé a été lancée pour faire écran de fumée, afin de couvrir celle du bombardement de Bouaké ». De l’autre, Bertin Kadet, se défendait, ce mercredi, des accusations du général Poncet en évoquant l’affaire Mahé : « Ce n’est certainement pas le seul crime dont cet officier général de l’armée française est responsable en Côte d’Ivoire pendant la durée de sa mission à la tête de la Licorne. Donc qu’il réponde sans faux-fuyant aux chefs d’accusation qui sont retenus contre lui au lieu d’affirmer des choses dont il ne détient aucune preuve, surtout lorsqu’il tente de m’accuser dans cette affaire de bombardement du camp français de Bouaké ». Le colonel-major Edouard Séka Yapo, n’a pour sa part pas fait de déclaration publique.

Lors de son audition, Henri Poncet a affirmé que les deux hommes cherchaient un détonateur pour un soulèvement de la rue contre la population d’expatriés français. Soulèvement consécutif aux logiques représailles de l’armée française. A la suite du bombardement de Bouaké, l’armée française a riposté en détruisant la quasi-totalité de la flotte militaire aérienne ivoirienne. A l’appel des dirigeants «patriotes», des milliers d’Abidjanais ont attaqué les domiciles et les entreprises des expatriés installés à Abidjan, la capitale économique du pays. Sur plus de 16 000 Français recensés, plus de la moitié ont décidé de fuir la Côte d’Ivoire en abandonnant leurs biens.