Blaise Compaoré : la manière forte

Jusque là conciliant avec les mutins, le président Blaise Compaoré, devant la persistance des insurrections, a changé son fusil d’épaule. Désormais, toute grogne militaire sera brutalement mâtée au Burkina Faso, comme l’a été, vendredi, celle des militaires du camp Ouezzin Coulibaly de Bobo-Dioulasso mis en déroute par la garde personnelle du président. Bilan : 7 morts et une vingtaine de blessés. Blaise Compaoré savoure sa victoire. Mais est-il sorti renforcé de cette épreuve ?

De notre correspondant

Cette énième grogne de la soldatesque burkinabè, était-elle celle de trop ? Quoiqu’il en soit, la mutinerie des militaires du camp Ouezzin Coulibaly aura suffit à rappeler au bon souvenir de Blaise Compaoré, que sous son costume présidentiel, se trouve cuirassée sa nature militaire. Alors qu’il avait refusé l’emploi de la méthode forte lors des mutineries précédentes, Blaise Compaoré semble s’y être désormais résigné. En n’allant pas de main morte pour rétablir l’ordre dans la capitale économique du pays, le président-ministre de la défense du Burkina Faso a voulu, au-delà du rétablissement de l’autorité de l’Etat, affirmer davantage la sienne, fortement contestée depuis trois mois.

L’opération « de désarmement forcé » des mutins du camp Ouezzin Coulibaly a fait sept morts dont 6 mutins et une adolescente, Djénèba Sanou, 14 ans, fauchée par une balle perdue, a rapporté samedi l’état major de l’armée burkinabè dans un bilan provisoire qui, par ailleurs, fait état de 20 blessés et de 57 insurgés mis aux arrêts. Dépêché vendredi à Bobo-Dioulasso, à 365 km à l’ouest de la capitale Ouagadougou, un détachement de la garde personnelle de Blaise Compaoré – qui s’était elle-même mutinée en début avril –, flanqué de para-commandos et de gendarmes, a donc mâté dans le sang, les soldats de la deuxième ville du Burkina Faso.

Pour autant, il n’y aura aucun répit pour les mutins. Affolés par la puissance de feu des forces spéciales, nombre d’entre eux, qui étaient hors du camp au moment de l’assaut, seraient en cavale, après avoir pris le soin de se délester de leur tenue militaire. Ils sont aujourd’hui activement recherchés. L’opération de sécurisation se poursuivra jusqu’au rétablissement total de l’ordre et de la quiétude a indiqué, le Général Honoré Traoré, le chef d’Etat major général des armées burkinabè.

Virage à 180°

Au tout début du mois de juin, contre toute attente, les militaires du camp Ouezzin Coulibaly s’étaient rebellés et avaient mis la ville sous coupe réglée, s’adonnant à des pillages monstre et à des tirs nourris dans toute la ville. Déjà éprouvés économiquement par la crise ivoirienne, les habitants de Bobo-Dioulasso avaient crié leur ras-le-bol dans les rues, s’adonnant à des saccages d’édifices publics.

Fortement appréciée par une grande partie des Burkinabè, l’opération menée contre les mutins soulève pourtant bien des inquiétudes. Les autres garnisons vont-elles rentrer dans les rangs? Cette répression, menée principalement par le régiment de sécurité présidentielle (RSP), ne va-t-elle pas accentuer davantage le clivage entre ce corps d’élite et les autres démembrements d’une armée burkinabè plus que divisée ? Pour l’heure, Blaise Compaoré savoure sa victoire. En se nommant lui-même ministre de la défense, le président burkinabè a pris le risque politique d’être le premier interlocuteur direct de son armée et donc d’être aussi exposé. Et la rémanence des mutineries sonne aussi comme son propre désaveu, une fronde contre sa propre personne.