Blaise Compaoré candidat pour un troisième mandat

Blaise Compaoré, Président du Burkina Faso depuis 18 ans, a décidé, mercredi 10 août, de présenter sa candidature à l’élection présidentielle du 13 novembre prochain. Il entre ainsi en lice pour un troisième mandat consécutif. Ce qui n’est pas du goût de tout le monde. Une partie de l’opposition dénonce la non-constitutionnalité de cette nouvelle course au pouvoir.

De notre correspondant Bagassi Koura

« Je vous ai compris, j’accepte d’être votre candidat », a lancé le 10 août dernier, sous une pluie battante, le Président Blaise Compaoré, à l’endroit de quelque 1 200 délégués de son parti, le Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP) et de représentants d’une trentaine d’autres partis qui soutiennent sa candidature. C’est ainsi que le chef de l’Etat a officiellement annoncé, dans sa ville natale Ziniaré (30 km à l’est de Ouagadougou), son intention de briguer un troisième mandat. Le CDP l’avait déjà investi, le 17 juin dernier, à l’issue d’un congrès extraordinaire comme son candidat pour le scrutin présidentiel du 13 novembre prochain. Roch Marc Christian Kaboré, président de la dite formation politique, également président de l’Assemblée nationale burkinabé, avait alors justifié ce choix « au vu des résultats positifs enregistrés lors de ses deux septennats qui ont été un véritable succès ».

Une candidature contestée

Blaise Compaoré met ainsi un terme aux appels pressant de partis, d’associations et de partisans qui réclamaient sa candidature à coup de meetings, de marches et de sit-in à travers tout le pays. Ces derniers entendaient surtout donner la réplique aux voix qui se sont élevées, ces dernières années, pour contester à leur champion, le droit de se présenter pour la troisième fois à sa propre succession. Blaise Compaoré, ex-capitaine de l’armée arrivé au pouvoir par un coup d’Etat en octobre 1987, a en effet déjà brigué avec succès deux septennats successivement (1991 et 1998). Or selon les termes de la Constitution adoptée en 1991, le mandat présidentiel est limité à deux exercices. L’Assemblée nationale, acquise à sa cause, a toutefois révisé, en 2000, l’article 37 de la Constitution pour lui permettre de briguer un autre mandat.

Lorsqu’en janvier 2004, Salif Diallo, ministre d’Etat et numéro deux du régime annonce dans un quotidien que le Président sortant sera de nouveau candidat, il déclenche une vive polémique dans le pays. L’opposition crie au scandale mais reste divisée. Des politiques, des juristes et des constitutionnalistes s’affrontent tandis que les citoyens – partisans et adversaires – se mobilisent. Du côté du pouvoir l’Action des Jeunes pour la Candidature de Blaise Compaoré (AJCBC), les Amis de Blaise Compaoré (ABC) et même les « Tanties de Blaise Compaoré » et le CDP s’organisent et descendent dans les rues de toutes les provinces pour exiger que Compaoré soit candidat. Ils prennent également en otage les medias publics. « Nous n’avons pas de pétrole mais nous avons Blaise Compaoré », clament-ils notamment.

Une candidature non-constitutionnelle

De son côté, l’opposition se mobilise pour contester la légalité de la candidature du Président sortant et dénonce une « violation flagrante » de la Constitution. Elle estime que le chef de l’Etat a déjà épuisé toutes ses cartes et ne peut plus se présenter à cette élection. Elle entend maintenir la pression et compte désormais sur l’arbitrage du Conseil Constitutionnel, instance habilitée à valider les candidatures, pour avoir gain de cause. Ce qui semble bien improbable aux yeux des observateurs. La fronde est soutenue par le Comité pour la Défense de la Constitution (CODECO) – l’organisation a vu le jour en 2004 – qui organise à son tour des marches et des meetings de dénonciation.

L’opposition s’appuie notamment sur la rétroactivité de la nouvelle disposition légale issue de la révision de la Constitution en 2000. C’est également la thèse défendue par de nombreux juristes et constitutionnalistes. « S’il (Blaise Compaoré, ndlr) se présente, ce sera non-constitutionnelle » soutient le Pr Marius Ibriga, enseignant à la faculté de Droit de l’université de Ouagadougou. Cette position soutenue par de nombreux autres intellectuels ne fait pas l’unanimité. Pour le Pr Augustin Loada, constitutionnaliste, le Président Compaoré peut se représenter « dans la mesure où il n’est pas expressément écrit que Blaise Compaoré ne peut pas briguer un troisième mandat. Si l’opposition n’a pas été vigilante au moment de la révision de la constitution en 2000, elle n’a qu’à s’en prendre à elle-même ».

Le principal parti d’opposition soutien la candidature de Compaoré

Mais en 2004, lorsque Halidou Ouédrogo, président du Mouvement Burkinabé des Droits de l’Homme et des Peuples (MBDHP), juriste et proche de l’opposition soutient « que juridiquement Blaise Compaoré peut se représenter », il jette un froid dans le camp de l’opposition qui se voit ainsi désavouer par un partenaire de poids.Après son investiture, le 18 juin dernier par son parti, Blaise Compaoré avait reçu, un autre soutien de taille. En effet l’Alliance pour la Démocratie et la Fédération, Rassemblement Démocratique Africain (ADF/RDA), principal parti d’opposition, avait décidé, contre toute attente, de ne pas présenter de candidat pour le scrutin présidentiel à venir en raison de « l’œuvre bénéfique » du Président sortant. L’ADF/RDA va donc battre campagne aux côtés du parti au pouvoir pour la réélection de M. Compaoré. Ce dernier qui a déjà reçu le soutien d’une bonne trentaine de partis (de la mouvance présidentielle comme de l’opposition) est, selon les observateurs, le favori de cette élection où l’opposition, en rangs dispersés, présente plus d’une dizaine de candidats.

Selon les observateurs, ce scrutin du 13 novembre prochain où 15 candidats sont déjà déclarés, devra permettre pour la première fois, à Blaise Compaoré, de recouvrer une véritable légitimité par la voix des urnes. En effet en 1991, le capitaine Compaoré, alors très contesté, avait été candidat unique au cours d’un scrutin boycotté par l’opposition et où il n’avait finalement obtenu que 23% des suffrages avec un taux de participation très bas. L’élection de 1998 avait également été boycottée par la grande majorité de l’opposition qui dénonçait alors le manque de transparence. Compaoré avait alors dû se contenter de deux petits candidats et avait récolté plus de 85% des voix.