Bénin : les autorités calment la colère du fétiche Odoudoua

Le collège béninois Les Cocotiers a semble-t-il mis un terme aux évanouissements groupés qui se sont produits au cours des quinze derniers jours à Porto-Novo. Les pertes de connaissance étaient semble-t-il causées par un fétiche malmené lors de la construction de l’établissement. Après l’intervention de sages et de leaders religieux, le phénomène a cessé.

Retour à la normale au collège d’enseignement général (Ceg) Les Cocotiers de Porto-Novo. Cet établissement du Bénin, pays considéré comme le berceau du vaudou, a été le théâtre au cours des dernières semaines d’évanouissements collectifs d’élèves. Les évanouissements auraient aujourd’hui cessé, mais au total ce sont « soixante » collégiens qui ont perdu connaissance, a confié à Afrik Michel Holonou, directeur du Ceg. La raison ? D’après le quotidien béninois La Nouvelle Tribune, « les oracles auraient révélé qu’il existait un fétiche dit Odoudoua qui aurait été implanté sur le site qui abrite l’établissement. Ledit fétiche aurait été rasé sans aucune cérémonie traditionnelle préalable lors de sa construction ».

La ministre de l’Enseignement secondaire s’est rendue aux Cocotiers le 28 avril pour juger par elle-même que des grappes d’élèves étaient bien tombés en syncope. Bernadette Agbossou n’était pas la seule à avoir fait le déplacement. Le deuxième adjoint au maire de Porto-Novo, les préfets des départements d’Ouémé et du Plateau et les leaders religieux de plusieurs confessions ainsi que des sages ont répondu présent. Résultat : les autorités académiques ont décidé le 28 avril de fermer pendant une semaine les portes du collège.

« Sacrifices » et exorcisme

Estimant le sujet « délicat car ayant un aspect occulte », Michel Holonou n’a pas souhaité rentrer dans les détails de ce qui s’est passé au cours de cette semaine. Il a cependant accepté d’en dévoiler les grandes lignes : « Pendant toute la semaine de fermeture, on a consulté les oracles pour comprendre ce qui se passait. Ils nous ont donné des indications et les sacrifices à faire pour que les évanouissements cessent. Ces sacrifices ont été fait et les esprits ont dit à un comité de sages et de notables du quartier qui travaillent avec l’administration du collège que l’école pouvait rouvrir ».

Michel Holonou précise que, pour « exorciser » les lieux, les leaders de diverses confessions religieuses « ont joué un grand rôle ». « Ils ont prié nuit et jour toute la semaine de clôture et elles continuent à le faire à la pose des élèves, à 13h30 ». Toute cette mobilisation semble avoir fonctionné. Depuis lundi dernier, lorsque Les Cocotiers ont repris du service, le directeur assure que plus un cas d’évanouissement n’a été constaté. Au grand soulagement des élèves.

« Au début, ils étaient réticents à aller à l’école. Ils avaient très peur. Du coup, les cours n’ont repris qu’en début d’après-midi », explique Ismail Kèko, correspondant de La Nouvelle Tribune à Porto Novo. Quant aux soixante collégiens victimes de syncopes, qui avaient souffert d’une hausse de la température et de la tension artérielle, ils se sont vus accorder une semaine de repos. Ces élèves – tous des filles – devraient reprendre le chemin de l’école la semaine prochaine.

Doutes sur un phénomène « occulte »

C’est la première fois que le collège Les Cocotiers doit gérer un phénomène « occulte ». En revanche, des évanouissements se seraient déjà produits dans d’autres collèges de la région. Les Cocotiers ont d’ailleurs « consulté et travaillé avec les écoles concernées pour bénéficier de leur expertise », indique Michel Holonou, soulignant qu’il a entendu parler de telles affaires au Sénégal et au Cameroun.

En dépit du sérieux accordé à cette affaire par Les Cocotiers, ainsi que les autorités locales et ministérielles, certains béninois font preuve d’un grand scepticisme quant à l’origine « officielle » des évanouissements. Ils enjoignent d’ailleurs les autorités à vérifier que ces pertes de connaissance ne sont pas dues à des émanations toxiques, auxquelles des élèves auraient été plus sensibles que d’autres. D’autres se demandent pourquoi le fétiche incriminé se serait manifesté juste ces derniers jours, alors que le collège est construit depuis plusieurs années.