Bénin : les artisans rejettent-ils la fête du travail ?

Mardi 1er mai, tous les ateliers sont ouverts. Et les taxis-motos vaquent normalement à leurs occupations. Tous répètent en chœur que la fête du travail est pour les fonctionnaires.

Au Bénin, la date du 1er mai est déclarée jour férié depuis des lustres. Il y a 30 ans, en pleine période révolutionnaire, les ouvriers ou travailleurs du secteur public ou privé défilaient, devant les autorités politico-administratives, dans tous les chefs-lieux de départements pour commémorer le travail. Aujourd’hui, avec l’option du régime démocratique, c’est tout le contraire.

Souleymanou est fondeur de métier. Ce 1er mai, il fabrique ses marmites comme à l’accoutumée. « Si je ferme mon atelier, mon téléphone portable ne cessera de sonner. Mes clientes auront besoin de moi. », déclare-t-il avant de poursuivre. « D’ailleurs, si je ferme au nom d’une fête qui va me donner à manger », lance-t-il comme interrogation. Âgé de 35 ans, Souleymanou est père de quatre enfants. Il vit de son métier avec sa famille. Dans une semaine, il n’observe la pause que le dimanche. Il y a quelques années, Zakari, son neveu était encore à sa charge et l’aidait à l’atelier pour fondre l’aluminium en battant le souffleur afin de fabriquer les marmites. Mais depuis la dernière rentrée scolaire, il a décroché un poste d’enseignant d’école primaire loin de Parakou, leur ville de résidence au Bénin. Malgré le niveau d’instruction du petit intellectuel, il tient le même langage que son oncle. « La fête du travail, c’est pour les fonctionnaires. Souleymanou n’est pas dans l’administration. Donc il doit ouvrir son atelier. Sinon, il mangera quoi avec sa famille ? », s’interroge–t-il tout en souriant.

Matière à réflexion

« Si je ne travaille pas le 1er mai, qu’est-ce que je vais manger ? » Cette interrogation est sur les lèvres de tous les conducteurs de taxis-motos du Bénin. Travailleurs particuliers parce que sous contrat avec des propriétaires privés des motocycles, le conducteur d’engin à deux roues a l’obligation de verser un montant donné à la fin de chaque semaine. Autrement dit, il travaille dur pour subvenir à ses besoins et remplir sa part du contrat vis-à-vis de son employeur. « Je ne sais ce que la fête du travail signifie », déclare sans ironie Jacques, un jeune conducteur de moto-taxi. Et au président de leur association dans la ville de Parakou – ville située au nord du Bénin – de renchérir : « la fête du travail n’est pas pour nous. Elle est réservée exclusivement aux fonctionnaires. Même dans certaines entreprises privées, l’employé ne peut oser parler du 1er mai à son patron. En tout cas, je constate que cette fête du travail ne nous concerne pas. C’est notre sort. », conclut Saïbou Amadou Boni avec désolation.

Si le 1er mai est universellement la fête du travail, les artisans ne sont-il pas vraiment concernés étant entendu qu’ils se regroupent beaucoup plus au sein de leur syndicat respectif pour prendre des décisions rentrant en droite ligne dans l’organisation de leur métier ?