Bénin : la fébrilité après un vote apaisé

Le président sortant Boni Yayi a revendiqué ce mardi la victoire au premier tour des élections présidentielles qui se sont déroulés ce dimanche au Bénin. Une annonce contestée par son principal challenger, Adrien Houngbedji. Les esprits s’échauffent alors que les Béninois ont voté ce dimanche dans le calme sur toute l’étendue du territoire. Reportage.

Notre envoyée spéciale

Dans le quartier de Fidjrossè à Cotonou, capitale économique du Bénin, la cour sablonneuse de l’école primaire publique des Cocoteraies est pleine de monde. Il est 9h30 ce dimanche. Six files se forment au niveau des six bureaux de vote, dans une ambiance calme et détendue. Fidjrossè est le plus grand quartier du 12e arrondissement, alors cet établissement est l’un des cinq points de vote du secteur. « Chez nous, même ceux qui ont obtenu une fiche d’enregistrement ce samedi mais n’ont pas de cartes d’électeurs peuvent voter sans problème », affirme Célestin Agbanglanon, la cinquantaine, chef de quartier depuis trois ans. Pourtant, ici, beaucoup se rappellent des démarches pénibles qu’il a fallu faire avant ce jour de vote. « J’ai ma carte d’électeur mais cela n’a pas été facile. Je me suis vite inscrite mais j’ai eu toutes les peines du monde pour retirer ma carte. Avant de l’obtenir finalement, j’ai passée une journée entière à attendre de 6h du matin à 18 heures, le soir », se rappelle Marthe, 52 ans, ménagère. Elle l’a obtenu finalement il y a moins d’une semaine. Si le vote avait été maintenu le 27 février ou même le 6 mars, Marthe n’aurait pas pu accomplir son devoir civique. Pour beaucoup, c’est l’incompréhension. C’est la première fois que l’on constate autant de cafouillage autour des inscriptions et de la délivrance des cartes pour une élection.

Tous n’ont pas pu voter

Pourtant, déjà en 2008, certains électeurs se rappellent que des difficultés similaires étaient survenues. « Pour établir la Lepi (Liste électorale permanente informatisée), les agents recenseurs n’ont pas pénétré dans toutes les maisons », poursuit Marthe. « J’en connais beaucoup qui sont à la maison aujourd’hui, faute d’avoir pu obtenir les documents nécessaires. » D’ailleurs, Marthe n’est pas la seule à détenir cette information. Beaucoup de ceux qui ont reçu le précieux sésame connaissent au moins deux à quinze personnes qui n’ont pas pu obtenir les documents adéquates. « On est restés dans les rangs durant trois jours sans rien obtenir, il y avait trop de monde. Ceux qui ne pourront pas voter aujourd’hui (ce dimanche) sont nombreux » s’indigne Bernard, conducteur de taxis-motos de 36 ans. Pourtant, pour permettre d’enrôler tous les Béninois, le scrutin a été repoussé à deux reprises et des mesures ont été prises par l’Assemblée nationale pour faciliter cette démarche. Mais, après trois jours supplémentaires, il est apparu évident que tous les « exclus » de la Lepi n’ont pas pu se voir intégrer.

Les plus chanceux, eux, déposent leurs bulletins dans le calme. « J’ai voté librement après un longue attente », confie avec le sourire Alfred, 32 ans, agent de liaison. Sur son index gauche, la trace de l’encre bleue qui prouve qu’il a déjà voté. Et même les détenteurs de fiches d’enregistrement, délivrés le vendredi et samedi, ont, dans l’ensemble, tous pu voter. Seuls quelques électeurs ont été empêchés, ce document en main, ou faute d’avoir trouvé leurs noms sur les listes de leur bureau de vote. Ce ne fut pas le cas du candidat Abdoulaye Bio Tchané, dit ABT, qui a voté dans le Nord du pays, d’où il est originaire. L’ancien président béninois Mathieu Kérékou a voté, lui, à Cotonou, dans un complexe scolaire du 5e arrondissement. Lunettes noires, écharpe blanche et verte et canne en bois, l’homme aux cheveux blancs a effectué son devoir assez rapidement avant de repartir en voiture.

Observer pour éviter la fraude

Ailleurs, dans cette petite école primaire du quartier de Séhogan, situé dans le 7e arrondissement de la ville, un observateur d’une association anti-corruption est posté sous le petit préau en tôle pour se protéger du soleil tenace. Son rôle : comptabiliser les votes et faire son rapport afin d’éviter la fraude. « A la fin de la journée, on n’aura nos propres chiffres », affirme le jeune homme. Un système efficace. Selon cet observateur, son association a déployé des jeunes, comme lui, sur tout le territoire afin que le maximum de bureaux soient couverts. « Mon superviseur est venu voir si tout allait bien. A la fin de la journée, j’aurai une somme d’argent pour couvrir mes frais de nourriture et de déplacement. » A l’école primaire du quartier de Fifatin, dans le 3e arrondissement, mêmes observateurs. « Moi je représente le candidat ABT, je dois observer ce qui se passe dans l’un des quatre bureaux de vote de l’établissement pour faire mon rapport ce soir », explique Ferdinand, étudiant de 27 ans. Ici, ils sont quatre à représenter le candidat qui a misé sur la jeunesse. Les observateurs d’autres partis sont là aussi.

Les premières tendances

16h40. Déjà, le bureau de vote de l’école de Tanto, dans le quartier d’Akpakpa est fermé. Deux dames déçues rebroussent chemin, progressant difficilement les pieds dans le sable. Dans les différentes salles c’est l’effervescence. Des représentants mandatés effectuent les premiers dépouillements sous l’œil averti des personnes venues observer le décompte des voies. « On est le peuple ! », crie un homme. « Lorsqu’un bulletin pose problème, on a notre mot à dire », poursuit-il. La tension monte. Tous veulent participer, donner leurs avis. Finalement, le calme revient, le bulletin litigieux sera déclaré nul. Sur le tableau, les premières tendances se dessinent. On voit déjà nettement que deux noms se dégagent de la mêlée. Dans le bureau voisin, même constat. Parmi la petite foule amassée à l’extérieur de chaque bureau, même des enfants du quartier regardent ce qui se passe, curieux de cette agitation. Celle qui précède l’annonce des résultats provisoires de la Commission électorale nationale autonome (Cena). Les partisans du président Boni Yayi ont déjà revendiqué ce mardi une victoire contestée par son principal rival, Adrien Houngbedji. Le deuxième tour pourrait se jouer entre les deux hommes.