Ben Laden attaque

Les dirigeants arabes condamnent vigoureusement les attentats de New-York et de Washington, allant quelquefois à l’encontre de leur opinion publique, comme en Egypte et en Tunisie. La rue arabe, sans aller jusqu’à applaudir, justifie ces attentats par la politique américaine au Proche-Orient.

Les rues du Caire étaient animées dès l’annonce des attentats qui ont visé New-York. Les cafés munis de télévision affichaient complet. Les discussions tournaient autour de cette attaque non revendiquée. « L’honneur arabe a été lavé. Les Palestiniens peuvent mourir en paix, leur combat n’a pas été inutile. Bush est pire que Sharon », tranche Hamed, chauffeur de taxi. Il a arrêté de travailler très tôt. « Je veux partager avec mes frères cette grande nouvelle. C’est un grand jour, les Américains sauront qu’ils ne peuvent faire du mal impunément à la Nation arabe ». Le visage de Hamed se ferme. Le journaliste à la télévision lit la déclaration du président Hosni Moubarak qui condamne fermement l’attentat. Hamed ne veut pas faire de commentaires. « C’est de la politique tout cela », élude-t-il.

Le 26 juin dernier, Hosni. Moubarak avait notamment déclaré : « Si les Etats-Unis ne poussent pas pour trouver une solution à la violence (au Proche-Orient), cette violence pourrait se transformer en terrorisme ». Son voisin Gamal est aussi tiraillé. A l’écran, Yasser Arafat, très ébranlé, qualifie les attentats de crime contre l’humanité. N’y tenant plus, Gamal lance à l’écran: « Parce que ce que les Israéliens nous font subir un bienfait pour l’humanité ! Vendu ! ». La salle est très partagée, mais les opposants au discours officiel paraissent les plus nombreux.

Entre stupeur et compréhension

A Alger, les cafés sont plus bondés que d’habitude. Grâce aux décodeurs pirates, Mourad n’arrête pas de zapper. Le propriétaire n’a cure des protestations de ses clients. « C’est incroyable. Tout le monde croyait que l’Amérique était super protégée. C’est pire que n’importe quel film catastrophe hollywodien ! Je ne sais pas si mon frère aura son visa aujourd’hui ». Omar vient justement d’arriver. L’ambassade américaine à Alger a continué de fonctionner normalement. Par contre celle du Caire a fermé ses portes. Omar a eu son visa, mais il ne sait pas s’il partira. « J’ai peur que les Américains ne développent un discours anti-arabe, anti-musulman. Toutes les télés disent que c’est les Palestiniens ou Ben Laden qui ont fait le coup et ces derniers démentent. Qui croire ? « .

Alger, qui vit avec le terrorisme depuis dix ans, revoit ses propres drames dans ces images, mais à une échelle incommensurable. La rue condamne ces attentats. « Qu’ils donnent un Etat à la Palestine et qu’on n’en parle plus ! « , s’exclame Mourad, excédé. A la télévision, le président algérien condamne vigoureusement l’attentat. Les habitués du café n’écoutent pas sa déclaration. Le Front Islamique du Salut, parti dissous, fait savoir par un communiqué qu’il condamne aussi « un acte interdit par l’islam » et « apporte tout son soutien au peuple américain ». Les partis islamistes légaux se réfugient dans le silence.

Khadafi l’exubérant

Alors qu’un journal officiel irakien, « Al Irak », qualifie ces attentats de  » leçon pour tous les tyrans, les criminels et les oppresseurs », le guide libyen a pris tout le monde à contre pied. « Les différends politiques et les conflits avec l’Amérique ne devraient pas constituer un obstacle psychologique à l’envoi d’une aide humanitaire au peuple américain et à toutes les personnes en Amérique, qui ont été profondément touchés par ces attaques terribles », a affirmé Moammar Khadafi à l’agence libyenne Jana.

Son voisin tunisien, Zinedine Ben Ali, s’est contenté d’un communiqué repris par toute la presse locale. L’événement n’a même pas été traité dans les journaux qui se sont satisfaits du communiqué. « Les Tunisiens gardent en mémoire l’attaque du siège de l’OLP à Tunis. Les Tunisiens se sentent très proches de leurs frères palestiniens. Cependant, ils sont choqués par ces attentats, car ils ne sont pas habitués à la violence », analyse Farida, militante des Droits de l’Homme.

Le président ivoirien, Laurent Gbagbo, s’est rendu à l’ambassade américaine à Abidjan pour présenter ses condoléances. Il dit craindre « que ce ne soient là que des signes annonciateurs d’une nouvelle confrontation mondiale ». Islamistes et nationalistes arabes se sont empressés de démentir toute implication dans ces attentats meurtriers.

Le président Bush a promis de pourchasser les responsables. Même si pour l’instant, aucune piste sérieuse, sauf celle, évoquée par les médias, du milliardaire saoudien, Oussama Ben Laden, n’a été signalée par les services de renseignements américains.