Ben Ali, « sans aucun doute », regarde la télé

Le ministre de la Communication tunisien, Oussama Romdhani, a reçu, lundi, les membres du Bureau exécutif du Syndicat national des journalistes Tunisiens (SNJT). Il leur a affirmé la détermination du Président Zine El Abidine Ben Ali à garantir aux journalistes de meilleures conditions de travail et l’exercice libre de leur profession. D’aucuns vont jusqu’à penser qu’un véritable changement est en route. A l’origine de cette évolution, semble-t-il, Elhakk maak, le Sans aucun doute tunisien, une émission de télévision que regardait le président.

Le Sans aucun doute version tunisienne est, en ce mois de janvier, l’objet du scandale ! Un citoyen lésé par la mairie de Tunis rentre bredouille, l’administration concernée ayant nargué le bataillon de journalistes et d’avocats de l’émission qui tentait de discuter du dossier. Pas de bol ! Le président regarde aussi la télé, et réagit. D’abord en congédiant illico presto le maire en poste depuis 10 ans, Abbes Mohsen, le 11 janvier. Ensuite, en tenant une allocution au lendemain du remaniement ministériel du 14 janvier, qui a tout l’aspect d’une feuille de route. Il met ses nouveaux ministres devant leurs responsabilités. Désormais, c’est à eux de rendre des comptes sur les pratiques de leurs administrations. Ils devront être au fait de tout, et être à l’écoute des médias. « Nous tenons à rappeler que le ministre est tenu de suivre le fonctionnement des divers rouages de son ministère et d’être au fait des lacunes, besoins et griefs éventuels signalés par la presse ou par les citoyens », déclare Zine El Abidine Ben Ali. Dans le même discours, le 22 janvier, il somme toutes les institutions de répondre aux journalistes en cas de sollicitation, et d’interagir avec eux en toute transparence. « Nous devons, dès lors, respecter l’opinion contraire, accepter la critique constructive, tirer profit de toute suggestion judicieuse et de toute évaluation utile, et fournir aux journalistes et aux citoyens l’information exacte et le renseignement voulu, avec franchise et réalisme », affirme-t-il. L’accès à l’info, et la liberté d’enquête et d’expression semblent désormais devoir être les moteurs d’une collaboration réussie entre l’administration et la presse pour signaler les défaillances et les éradiquer. Et le grand bénéficiaire en serait le citoyen…

A priori, ces décisions sont tout à la faveur de la réhabilitation de la profession en Tunisie, qui a souvent été la pomme de discorde. Puisque les décideurs ne semblent prendre leurs ordres que du sommet de l’Etat, ces directives devraient les pousser à prendre davantage d’initiatives. D’autant plus que les émissions à but juridico-social prolifèrent et que les citoyens n’hésitent plus à formuler des revendications et à interpeller l’opinion publique. Ces programmes de la télé gouvernementale, qui constituent une nouveauté, fédèrent et encouragent les citoyens isolés qui appréhendaient un éventuel retour de bâton. Ils sont de plus en plus nombreux à dénoncer ouvertement les défaillances, même si, leurs propos restent timorés.

Vers un changement véritable ?

Pour en revenir à ce discours, qui « vaut son pesant d’or » selon un média partisan, le président Ben Ali semble y faire la part des choses. Toute critique n’est pas une attaque, déclare-t-il. Ce qui est bon à savoir ! Et puis, il se montre bien au fait de pratiques administratives entortillées et des rivalités entre services. « Le secrétaire d’Etat n’est ni le rival du ministre ni l’objet de méfiance et de prudence (…) Il est, désormais, impératif de rompre définitivement avec l’hésitation dans la prise de décision concernant une question donnée, sous prétexte d’attendre des consignes ou des ordres venant d’en haut » dit-il.

Lundi matin, Oussama Romdhani, ministre de la Communication, avait détaillé aux médias les directives de ce discours en leur donnant un ton très positif. Il a aussi dévoilé une première série de mesures décidées par le chef de l’Etat en faveur des journalistes comme les réductions de 50% sur les transports aériens et le droit systématique à du matériel informatique tels que l’ordinateur portable. Les membres du SNJT, reçus par le ministre, ont par la suite « exprimé leur gratitude au chef de l’Etat », rapporte la presse gouvernementale. Les médias locaux, enthousiastes comme à leur habitude, qualifient le discours d’historique et s’en félicitent. Reste à savoir s’ils appliqueront ces bonnes résolutions 2010, sans céder à leurs troubles obsessionnels compulsifs qui les font tomber dans la facilité de l’autocensure. Reste aussi à savoir si, de l’autre coté, les administrations joueront le jeu et laisseront faire.