Bédié soutient Ouattara, Gbagbo se fâche

L’ancien président ivoirien Henri Konan Bédié a appelé dimanche à Abidjan ses partisans à voter pour l’ex-Premier ministre Alassane Ouattara, qui affrontera au deuxième tour de la présidentielle, le 21 novembre, le chef de l’Etat sortant Laurent Gbagbo. Après l’audience accordée par Abdoulaye Wade à Alassane Ouattara jeudi à Dakar, Laurent Gbagbo a accusé son homologue sénégalais de vouloir s’immiscer dans les affaires intérieures de la Côte d’Ivoire et a rappelé son ambassadeur.

Ouattara et Bédié unis contre Gbagbo. Le président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci), Henri Konan Bédié, a officiellement appelé dimanche tous ses électeurs à voter pour Alassane Ouattara, lors du second tour de l’élection présidentielle qui l’opposera à Laurent Gbagbo. « Les présidents du Pdci, de l’Union pour la démocratie et pour la paix en Côte d’Ivoire (Udpci) et du Mouvement des forces d’avenir (Mfa) soutiennent le candidat Alassane Ouattara, candidat du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (Rhdp) », a-t-il déclaré après une rencontre avec les autres leaders du Rhpd.
L’ancien président ivoirien joint ainsi l’acte à la parole. Les deux candidats avaient en effet annoncé avant le premier tour, leurs intentions de former un gouvernement commun en cas de victoire de l’un ou de l’autre. La rencontre a accouché d’un communiqué annonçant la mise en place d’un comité de travail composé des quatre partis du Rhdp.

Le camp du président ivoirien Laurent Gbagbo a rapidement réagi, fustigeant lundi une alliance qu’il juge « contre-nature ». « Bédié doit reconnaître à sa base son droit (…) à rester patriote et à ne pas s’engager dans des alliances contre-nature » , a déclaré Eric Kahé, un responsable de la coalition des partis pro-Gbagbo, rappelant ainsi qu’avant d’être alliés, les camps Bédié et Ouattara s’étaient affrontés farouchement dans le sillage du débat sur l’ivoirité, lancé dans les années 1990 par des partisans de M. Bédié contre M. Ouattara. Ce dernier avait été exclu du scrutin de 2000 pour « nationalité douteuse ».

Si Henri Konan Bédié semble avoir fait une croix sur leurs querelles passées, la question est de savoir comment son appel sera suivi par ses partisans. Ayant obtenu 25 % des suffrages, l’ancien président pourrait en tous cas jouer le rôle d’arbitre lors du second tour prévu le 21 novembre.

Dans le même temps, la situation s’est quelque peu envenimée après la visite d’Alassane Ouattara jeudi à Dakar, où l’a reçu le président Sénégalais Abdouaye Wade. La présidence ivoirienne a vivement réagi à cette visite, estimant vendredi que cette audience était « une ingérence intolérable du Sénégal dans les affaires intérieures de la Côte d’Ivoire », et a décidé de rappeler son ambassadeur au Sénégal. Après avoir pris acte de cette déclaration, le gouvernement sénégalais a de son côté tenté ce week-end de calmer le jeu, qualifiant la rencontre entre MM. Wade et Ouattara de « non-événement ». « Le président Wade n’a nullement l’intention de s’immiscer dans les affaires intérieures de la Côte d’Ivoire », a tenté de rassurer samedi le ministre sénégalais des Affaires étrangères, Madické Niang.

Au premier tour, Laurent Gbagbo (38%) avait devancé Alassane Ouattara (32%) et Henri Konan Bédié (25%).