Barakaat, banque sur la sellette

Les Etats-Unis ont gelé les avoirs de la banque somalienne Al-Barakaat qui a fermé les portes de son bureau à Mogadiscio. Elle est soupçonnée d’aider le réseau Ben Laden. Le directeur dément et la population somalienne gronde.

La banque du groupe somalien Al-Barakaat a fermé ses portes à Mogadiscio pour une période indéterminée. Mercredi dernier, le gouvernement américain avait décidé de geler ses avoirs et de fermer ses bureaux aux Etats-Unis. Son bureau à Dubaï a également été fermé dans la foulée.

Le groupe Al-Barakaat fait partie de la  » liste noire  » américaine : celle des 62 noms des personnes ou organisations soupçonnées de participer ou de soutenir les activités d’Al-Qaïda, le réseau terroriste d’Oussama Ben Laden. Le président américain, George W. Bush accuse le groupe somalien de blanchir et de financer Al-Qaïda, de lui offrir un service téléphonique et Internet et de faciliter ses transactions sur les armes.

La plus grosse compagnie

Abdullahi Hussein Kahiyeh, PDG du groupe, a nié toute accointance avec Oussama Ben Laden ou quelque réseau terroriste que ce soit.  » Nous serions satisfaits si une enquête transparente était ouverte. Nous n’avons jamais fait de mal à personne « , clame-t-il. Abbas Abdi Ali, directeur général de la banque Al-Barakaat à Mogadiscio a quant à lui déclaré :  » Les Etats-Unis se trompent sur notre compagnie mais ne nous laissent aucune chance de prouver notre innocence « . Le gouvernement somalien a formé une commission spéciale pour enquêter sur le groupe et d’autres compagnies de transfert de fonds.

Al-Barakaat est la plus grosse compagnie somalienne et ses activités couvrent aussi bien la banque que les télécommunications, une compagnie de purification de l’eau et les services postaux. Al-Barakaat compte 600 actionnaires et c’est l’employeur le plus important du pays. Des milliers de Somalis dépendent de la  » hawala « , le système de transferts de fonds qui assurent la quasi-totalité des revenus de nombreuses familles somaliennes. L’argent envoyé depuis l’Europe ou les Etats-Unis arrive le jour suivant en Somalie.

Inquiétude populaire

Il n’y a pas d’autre système pour transférer de l’argent à des proches vivant en Somalie depuis la chute du régime de Siad Barre en 1991. La banque gère 140 millions de dollars par an, 80% de cette somme allant à la Somalie, les 20% restants aux réfugiés au Kenya et en Ethiopie. Al-Barakaat prend une commission de 2% sur les transferts d’argent, empochant des honoraires de 3 millions de dollars par an. Une somme dont 30% sont redistribués aux agents de la compagnie, 45% couvrent les coûts de l’entreprise et 25% (700 000 dollars) sont partagés entre les propriétaires de la compagnie et les plus vieux employés.

Très impopulaire, la fermeture de la banque inquiète les Somalis. Beaucoup se demandent comment ils vont pouvoir survivre sans l’argent de leur famille travaillant à l’étranger et ont déjà manifesté leur mécontentement aux guichets de la banque ce samedi.  » Les gens ont manifesté contre le gel des avoirs de la banque et ce, dans différents endroits du pays « , soulignait dimanche Radio Mogadiscio. Dans le même temps, le gouvernement somalien redoute l’inflation et l’accroissement de l’insécurité.