« Barack the Magic Negro » : la chanson qui fait scandale

La chanson intitulée « Barack the Magic Negro », composée par le parodiste Paul Shanklin et distribuée par son ami, Chip Saltsman, un responsable du parti républicain, reprend le thème de la musique du film pour enfants, «Puff the Magic Dragon». Diffusée sur Youtube, cette plaisanterie de mauvais goût suscite de vifs débats aux Etats-Unis.

La chanson commence par « Barack, le nègre magique vit à Washington », et la voix du chanteur parodie le pasteur américain Al Sharpton, célèbre défenseur de la cause des Noirs et des droits civiques aux Etats-Unis. « Avec lui les Blancs se sentent moins coupables, poursuit la chanson. Ils votent pour lui, et pas pour moi, parce qu’il n’est pas du coin », dit la chanson. Elle est inspirée par le titre d’une chronique publiée en 2007 dans le Los Angeles Times, et écrite par David Ehrenstein, un écrivain noir. Il comparait Obama, dans son édito, à d’autres figures noires «chaleureuses et peu menaçantes» comme les acteurs Sidney Poitier et Morgan Freeman.

Le débat a commencé la semaine dernière, quand un politicien du Tennessee, Chip Saltsman, candidat à la présidence du parti républicain, a distribué la parodie imaginée par Paul Shanklin. Elle avait déjà été diffusée sur l’émission de radio de Rush Limbaugh l’an dernier.

Une manifestation de l’Amérique réactionnaire

Placée sur YouTube, plus de 300 000 internautes l’ont écoutée. Les réactions ont été immédiates. La chanson a été qualifiée de raciste et déplacée. La mauvaise plaisanterie de Paul Shanklin et Chip Saltsman a mis le camp républicain dans l’embarras. Nombre de noirs et d’Américains issus des minorités ont quitté le parti ces deux dernières années pour rejoindre le camp démocrate et son leader. La diffusion de « Barack the Magic Negro » n’améliorera en rien l’image rétrograde du Parti républicain. Newt Gingrich, un ancien président de la Chambre des représentants, a estimé dans The New York Times que M. Saltsman devait se retirer de la course à la présidence du parti.

Chip Saltsman s’est défendu en déclarant que la chanson était avant tout «humoristique». Et son auteur, Paul Shanklin, a reproché aux critiques de faire dans le «politiquement correct». Quant à Barack Obama, en vacances à Hawaï, il n’a pas fait de commentaire. Cette affaire est, certes, mineure, mais elle reflète bien la difficulté qu’ont certains Américains à supporter l’idée d’avoir un «nègre» à leur tête. Le président nouvellement élu devra sans doute subir d’autres attaques du même ordre durant son mandat. L’Amérique ne se débarrassera pas en quelques mois de ses vieux démons. Mais c’est sur la justesse et l’efficacité de son action que la majorité de ses concitoyens, qui l’ont choisi, jugeront Barack Obama.

La chanson : « Barack the Magic Negro »

Les paroles de la chanson:

Barack the Magic Negro lives in D.C.
The L.A. Times, they called him that
‘Cause he’s not authentic like me.
Yeah, the guy from the L.A. paper
Said he makes guilty whites feel good
They’ll vote for him, and not for me
‘Cause he’s not from the hood.
See, real black men, like Snoop Dog,
Or me, or Farrakhan
Have talked the talk, and walked the walk.
Not come in late and won!

[refrain] Oh, Barack the Magic Negro, lives in D.C.
The L.A. Times, they called him that
‘Cause he’s black, but not authentically.
Oh, Barack the Magic Negro, lives in D.C.
The L.A. Times, they called him that
‘Cause he’s black, but not authentically.

Some say Barack’s “articulate”
And bright and new and “clean.”
The media sure loves this guy,
A white interloper’s dream!
But, when you vote for president,
Watch out, and don’t be fooled!
Don’t vote the Magic Negro in –
‘Cause — ’cause I won’t have nothing after all these years of sacrifice
And I won’t get justice. This is about justice. This isn’t about me, it’s about justice.
It’s about buffet. I don’t have no buffet and there won’t be any church contributions,
And there’ll be no cash in the collection plate.
There ain’t gonna be no cash money, no walkin’ around money, no phoning money.
Now, Barack going to come in here