Bangui en apesanteur

La capitale de la Centrafrique est fortement disputée. A l’évidence, le coup de force militaire préparé depuis le Tchad et revendiqué depuis la France par le Général François Bozizé, ancien chef d’Etat major de l’armée centrafricaine, a été minutieusement organisé, et la détermination des rebelles pourrait être décisive.

Le Président Ange-Félix Patassé paie-t-il aujourd’hui ses excès de méfiance ? En écartant progressivement même ses plus proches soutiens de l’exercice du pouvoir, le chef de l’Etat centrafricain semble avoir créé les conditions favorables à son propre renversement.

Les soldats de l’armée centrafricaine sont en effet bien en peine de s’opposer à la progression, qui semble ce soir inexorable, des troupes commandées par le Général François Bozizé : le président Patassé se défiait de ses propres forces armées, et ordre avait été donné de ne leur distribuer qu’un équipement minimal, en matériel et en munitions. Il s’en est suivi un ralliement massif des militaires à la cause des rebelles, ralliement auquel contribue la popularité conservée par le Général Bozizé auprès de ses anciennes troupes.

La situation financière de la République centrafricaine est structurellement difficile, et l’Etat a accumulé vis-à-vis de l’ensemble de ses fonctionnaires, y compris les forces de défense, des retards de traitement qui vont jusqu’à 30 mois. Dans ce contexte, la faible popularité du Président Patassé ne lui permet pas non plus d’espérer un  » sursaut civique  » de la population de la capitale en sa faveur : en masse, les habitants de Bangui ont fui les zones de combat, et ceux qui sont restés en ville regardent souvent la progression des rebelles sans hostilité.

Le seul soutien fort du Président de la République de Centrafrique réside dans un contingent libyen de deux cents hommes, qui s’est fortement impliqué dans les combats depuis vendredi 25 octobre, en faisant usage de ses quelques avions pour pilonner les quartiers nord de Bangui, à commencer par Gobongo, contrôlés par les rebelles depuis le début de l’insurrection.

L’action des soldats libyens ne semble pas avoir suffi à les en faire reculer, et dans la journée du mardi 22 octobre, plusieurs informations en provenance de Bangui faisaient état au contraire d’un repli prudent des troupes du colonel Kadhafi. Peu d’informations sont disponibles sur la situation réelle des quelque trois cents mercenaires du Mouvement de Libération du Congo qui avaient traversé l’Oubangui pour venir au secours du président Patassé. Il se pourrait qu’ils fassent eux aussi retraite. S’il était confirmé, ce double repli pourrait signifier le début de la fin pour le président en place.

Dans le même temps, fait qui apporterait une confirmation de cette évolution sur le terrain, plusieurs quartiers centraux de Bangui semblent être tombés aux mains de la rébellion, et en particulier le camp Béal, ancienne base militaire française proche de l’Assemblée nationale, et à deux pas de la résidence du Chef de l’Etat, dont des rumeurs concordantes reprises par notre confrère français Le Monde (daté du 30/10/2002) affirment qu’il se serait  » réfugié à l’archevêché  » .

Le sort des armes semble donc pencher du côté du Général Bozizé, qui n’aurait plus en face de lui que les militaires étrangers appelés à la rescousse par le Président Ange-Félix Patassé, troupes dont la motivation commencerait à faiblir… L’appel à la  » négociation  » lancé par le porte-parole du Président Patassé, Prosper Ndouba, tombé aux mains des rebelles, sera-t-il entendu assez tôt ?