Bamako capitale de la chimie africaine.

Les 7èmes journées annuelles de la Société ouest-africaine de chimie ont débuté ce lundi à Bamako. Plus de cent chercheurs et universitaires sont attendus pour cette semaine de rencontres et d’échanges. Richard-Emmanuel Eastes, directeur des concours scientifiques des trois Ecoles normales supérieures françaises y sera. Il revient sur les problèmes rencontrés par ses confrères africains et les amorces d’une dynamique commune.

Bamako accueille ce lundi pour une semaine les 7èmes journées annuelles de la Société ouest africaine de chimie (Soachim). Une semaine au cours de laquelle près d’une centaine de chercheurs et d’universitaires, essentiellement africains, sont attendus pour discuter sur le thème  » Chimie et énergie dans le processus de développement de l’Afrique « . Il s’agit pour la Soachim – société savante inter-africaine créée en 1994 et regroupant le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Togo, la Guinée, le Burkina, le Bénin, le Mali et le Niger – de favoriser les échanges et de développer le réseau scientifique africain. Richard-Emmanuel Eastes, directeur des concours des trois Ecoles normales supérieures de France (Lyon, Paris, Cachan) est l’un des conférenciers conviés à la tribune. Il souligne le manque d’informations, de moyens matériels et financiers de ses confrères africains.

Afrik : Quelles sont les difficultés rencontrées par la recherche en Afrique ?

Richard Emmanuel Eastes : Ce qu’il y a de plus criant est le manque de moyens. Les chercheurs africains ne disposent pas de matériel pour faire des analyses, la base de la recherche scientifique. La problème est évidemment financier. La recherche nécessite un appareillage lourd. Un appareil à résonance magnétique pour analyser les substances chimiques coûte par exemple près d’un million de francs (FF, ndlr). Un appareil d’autant plus cher qu’il fonctionne avec de l’azote liquide. Alors, mes confrères sont obligés d’envoyer leurs analyses en Europe.

Un autre problème majeur est que les chercheurs africains n’ont pas accès à l’information scientifique. Les publications internationales coûtent très cher et bien souvent mes confrères n’ont pas les moyens de se tenir au courant des avancées à travers le monde. Et puis, nous en revenons toujours au problème pécuniaire, la situation financière des chercheurs, souvent précaire, les empêche de s’adonner à leurs travaux en toute sérénité. Tout cet univers de pénuries de moyens engendre des retards dans les recherches en Afrique.

Afrik : N’y a-t-il que des problèmes financiers ?

Richard Emmanuel Eastes : Essentiellement, mais il y a également un problème de cohérence des recherches, chez certains confrères africains. Certains scientifiques mènent uniquement des travaux de prestige, alors qu’ils savent pertinemment qu’ils ne mènent à rien, parce qu’ils n’ont pas les moyens de les faire aboutir. Alors qu’il faudrait faire des recherches plus contextualisées, plus en rapport avec les besoins de l’Afrique.

Afrik : Pourquoi participez-vous à ces rencontres ?

Richard Emmanuel Eastes : A côté de mes activités strictement professionnelles, je suis chargé de mission à la Francophonie pour la Société française de chimie, dont je fais partie. Je suis ici notamment pour amorcer des projets de coopération entre la SFC et la Soachim. Nous préparons par exemple en France un numéro spécial sur la chimie en Afrique pour notre revue scientifique. Des chercheurs africains seront invités à s’y exprimer. Ainsi, nous pourrons mieux cerner leurs besoins et avoir une meilleure approche de leurs travaux. Pour une future collaboration plus étendue.

Afrik : Sur quoi va porter votre intervention ?

Richard Emmanuel Eastes : Avec la présentation de cette collaboration au numéro  » spécial Afrique  » de la SFC, j’ai également préparé une intervention sur le nucléaire et la chimie de l’uranium. On ne peut pas faire un congrès sur l’énergie sans parler de l’uranium. Et puis, plus ludique, je vais animer un atelier de vulgarisation scientifique, avec des expériences, pour expliquer des phénomènes courants tels la couleur du ciel : pourquoi le ciel est-il bleu ? Ou pour les sportifs : le principe de la balle liftée… Comment ça marche ? La science, c’est d’abord comprendre les faits !