Bahia Idjouadiene, candidate a la présidentielle française

Bahia Idjouadiène est candidate à l’élection présidentielle. La jeune femme de 37 ans, née en Algérie, se présente au nom de Couleurs citoyennes. Une première en France. Un véritable parcours du combattant, ou plutôt de la combattante.

Par Nadjia Bouzeghrane

Pourquoi vous portez-vous candidate ?

Nous avons déjà participé aux élections législatives de 1997, aux cantonales de 1998 et aux municipales de 2001. Nous sommes présents pour les élections présidentielles, nous serons également là pour les législatives avec une centaine de candidats pour tenter d’entrer à l’Assemblée nationale française. C’est le résultat d’une vingtaine d’années de militantisme estudiantin, associatif, syndical, social… La seconde raison tient à l’absence totale de représentation et de représentativité des personnes issues de l’immigration. Il y a 365 000 mairies en France et aucune d’elles n’est gérée par des Français d’origine maghrébine. Pourtant, l’histoire de l’immigration algérienne, par exemple, est ancienne. J’ai le sentiment que les enfants d’immigrés, tant qu’ils restent dans les secteurs du sport, de l’animation, dans les postes d’éducateurs dans les cités de banlieues, c’est bien, mais il ne faut pas qu’ils aillent sur le terrain politique. La troisième raison c’est que je voulais, à l’échelle nationale, donner aux gens de chez nous, en France, le message fort que le vrai pouvoir se trouve dans ce petit bout de papier qu’on dépose dans une urne. Il y a effectivement tout un travail à faire mais qui a déjà commencé, un travail citoyen.

Comment ce travail a-t-il été mené ?

Lorsque l’association Couleurs citoyennes a été créée il y a sept ans, son objet principal était justement d’aller dans les cités, pour parler de citoyenneté, pour dire aux enfants de la deuxième et troisième générations qu’à chaque fois qu’ils renoncent à leur expression, c’est de la place qu’ils laissent au camp adverse. « On me répondait : oui madame, mais on vote pour qui ? Allez-vous vous-même aux élections ? » Eh bien, maintenant, on se présente. On présente des gens issus de l’immigration à toutes les élections. C’est un travail de longue haleine, mais je suis persuadée qu’on y arrivera. Il serait grand temps que la France, pays des droits de l’homme, de l’égalité, de la fraternité, s’occupe enfin de cette population qui représente plus de cinq millions de citoyens français.

Quels sont vos soutiens ? Quelles sont les forces sur lesquelles vous pouvez compter ?

Le principal soutien que nous avons est sur le terrain, c’est l’électeur lui-même. C’est l’ensemble de ces gens qui vivent dans la misère en France, c’est toute une population d’exclus sociaux qui ne votent plus depuis des années, c’est un ensemble d’associations avec lesquelles on travaille depuis des années, ce sont tous les réseaux de militants contre le racisme, pour l’abolition de la double peine. L’objectif de ces élections est pour moi beaucoup trop sérieux sur le plan humain, pour en faire un spectacle. C’est une campagne qui nous a été extrêmement compliquée.

De quel point de vue ? Financier ? Logistique ?

On nous a mis un certain nombre de pression. On a eu un mal extraordinaire pendant ces sept à huit derniers mois à réussir à publier le moindre communiqué dans la presse. On a organisé des meetings, des réunions d’information, rien dans la presse. Je voudrais qu’on m’explique pourquoi sur les 25 candidats déclarés, on a toujours publié l’information sur les 24 sauf la 25e. Je dis 25e en terme de chiffre, mais notre candidature est annoncée depuis le mois de mai de l’année dernière. Ce qui m’a valu mon licenciement de l’Assemblée nationale. C’est une autre pression. J’ai travaillé trois ans auprès d’un député PS qui m’a congédiée quand il a appris la nouvelle.

Comment peut-on faire campagne quand on n’a pas un parti politique, une machine logistique derrière soi ?

J’ai comme principe de philosophie et de vie la conviction suivante : à celui qui veut, rien n’est impossible. Il y avait quelque chose à faire, il y a des individus, j’en fais partie, qui sont animés, intérieurement, d’une force plus puissante qu’une question financière, qu’une question de parti. Je crois que quelqu’un qui a décidé de se rendre à une destination, même s’il n’a pas de voiture, même s’il n’a pas d’argent, trouvera toujours le moyen d’y arriver parce qu’à un moment donné, la souffrance des autres sert de moteur. Notre force, comme le dit notre slogan, est dans la force citoyenne. Il y a une vraie dimension citoyenne. Nous sommes présents dans 21 villes, ce qui est énorme par rapport à nos six petites années d’existence. Là où nous sommes handicapés, c’est sur le plan financier. Nous ne sommes pas financés au même titre que les autres candidats. Il y a des dépenses qu’on ne peut pas faire. On fait des réunions ciblées.

Pourquoi un déplacement en Algérie ?

Cela me semble incontournable. Je voudrais quand même préciser une nouvelle fois que je suis d’origine algérienne. Son identité, on ne l’oublie jamais. Avec tout ce que cela représente de patrimoine culturel. J’ai quand même la moitié de mon coeur qui appartient à ce pays.

Les électeurs sont ici, pas en Algérie ?

Oui, mais ils sont comme moi, ils ont la moitié de leur coeur là-bas. C’est un déplacement qui s’inscrit dans le cadre de la campagne pour rencontrer la presse algérienne.

Qu’attendent de vous les électeurs que vous rencontrez ?

Il y a un sentiment de fierté qui nous est renvoyé, aussi bien dans le courrier que l’on reçoit, dans les appels téléphoniques, sur notre site Internet. « Bravo, ce n’est pas évident, surtout pour vous qui êtes une femme. » C’est vrai. Cela aussi c’est un des objectifs de la campagne.

Les gens ne sont-ils pas sceptiques quant à votre candidature ?

Ce qui est important, c’est de faire le premier pas. L’ouverture a été faite, la symbolique a été faite, le tabou a été levé. Je ne sais pas comment on va finir cette élection. Je ne voulais pas rater l’occasion de toucher la symbolique de cette présidentielle, c’est un peu comme lorsqu’on vous dit il y a là une maison et vous ne pouvez pas y aller. L’autre objectif de la campagne, ce sont les élections législatives. Nous allons présenter 120 à 150 candidats. D’importantes personnalités apporteront leur soutien à ces candidatures. Nous lançons un appel à tous ceux qui se reconnaîtront dans Couleurs citoyennes à se porter candidats.

De notre partenaire El Watan.

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