AVA 2007 décline l’art contemporain à Abidjan

Augustin Kassi et l'une de ses oeuvres

Depuis le 22 novembre, le Festival international des Arts visuels d’Abidjan, la capitale ivoirienne accueille à la fondation Charles Donwahi, peintres et plasticiens du monde pour une confrontation artistique. AVA 2007 fermera ses portes dimanche prochain.

De notre envoyée spéciale à Abidjan

Une quinzaine riche d‘expositions et de rencontres. C’est le pari qu’est en train de tenir la première édition du Festival International des Arts visuels d‘Abidjan, AVA 2007. A la fondation Charles Donwahi , une immense bâtisse rouge dédiée à l’art contemporain, on découvre les œuvres d’artistes étrangers et la richesse picturale des peintres et Les dragons rouges de Jacobleu
plasticiens locaux. Pour Jacobleu, promoteur de l’évènement, il faut montrer que la Côte d’Ivoire reste féconde dans ce domaine. Depuis quelques jours, Abidjan vit au rythme de l’art. Ateliers et performances artistiques, entre autres, se succèdent pour intéresser les étudiants des Beaux arts à la vidéo numérique, à la photographie et aux nouveaux médias. Le colloque autour du thème « Art et développement » a réuni, lui, des intellectuels comme le plasticien japonais Sato Toshinari ou encore Ibrahima Diaby du journal Le griot.inc basé à New York, aux Etats-Unis.

Augustin Kassi et l'une de ses oeuvres
AVA 2007 « off » met aussi en lumière des artistes ivoiriens qui ne figurent pas dans la sélection officielle. La galerie Le Lab, située aux Deux Plateaux, accueille ainsi l’artiste ivoirien Stenka jusqu’au 9 décembre, date de clôture d’AVA 2007, et le Lac Bleu, les toiles de son compatriote Augustin Kassi, le Botero ivoirien. Membre de l’Union nationale des artistes de Côte d’ Ivoire (Unartci), une structure qui aide les artistes à vivre du produit de leurs œuvres, l’artiste peint avec passion des femmes africaines aux formes généreuses. Jouant avec les couleurs, il dessine les sentiments sur les visages : anxiété, plaisir, contentement subliment leur beauté intérieure.

Une pléiade d’artistes s’expriment sur une multitude de supports

 Une sculpture de Michèle Tadjo
A la fondation Charles Donwahi, les sculptures de Martial Tanoh côtoient celles de Michèle Tadjo, mise à l’honneur durant ce festival, ou encore des installations venues d’ailleurs. Le Sénégalais Djadji Diop offre au visiteur un homme rouge qui brandit une arme de guerre, le regard pointé vers l’horizon. La « Communion Fraternelle » d’Elvis Donkor, une installation étrange de figures fantomatiques, souhaite exprimer la douleur. Côté peinture, les tableaux de Phicault interrogent l’amour et les jaillissements du cœur, imaginés à travers une explosion de tons rouges, orangés et jaunes. Alors qu’Asta Zezet Agou fige la sensualité débordante des Africaines, Ozoua Christine Ayivi illustre l’excision au bois sacré et les déchets toxiques. Tous font partie de l’association Art Ivoire, un mouvement d’artistes plasticiens professionnels. Plus loin, Watt Kang a immortalisé le magistral comédien ivoirien Sidiki Bakaba en uniforme militaire. Les vastes toiles du Vénézuélien Ismaël Mundaray à la perspective infinie sont elles un clin d’œil à l’ordinaire de la vie : un horizon de ciel et de terre abrite des objets du quotidien aussi divers que des bols, des chaussures ou des assiettes.

Dans le jardin de de la fondation, le photographe franco-ivoirien François Xavier Gbre, a figé des corps qui dansent. Parés de pagnes bogolan, ils sont torses nus et portent des masques Dan (ethnie de l’Ouest de la Côte d’Ivoire) . Sept au total pour illustrer, notamment l’initiation, le guérisseur et l’éveil. On admire également dans l’espace vert le travail du Burkinabé Saidou Dicko. Jeux d’ombres sous verre, scènes furtives, formes suggérées entraînent l’imagination du visiteur, même néophyte. Une toile de François Xavier Gbre

Pour tous les goûts et tous les publics

Jacobleu, qui joue la carte de la différence, présente une trentaine de dinosaures rouges, mis en relief par des tableaux ponctués d’ovales et baignés d’un jeu de lumière bleuté. Pas loin, le Français Pascal Heranval, graphiste, expose une photo numérique avec cette légende : « Hier, j’étais un bâtard, mais aujourd’hui, je le sais, j’appartiens à l’élite la plus noble du monde parce que je suis un artiste ! ». Un travail sur l’identité pour un artiste qui a vécu dix sept ans au Brésil et qui ne connaît pas son père. Un étage plus haut, les documentaires de la Sénégalaise Diagne Chanel, s’associent à une série de toiles, qui dénoncent les massacres au Darfour et l’esclavage moderne.

Dans le domaine de la vidéo, l’Américaine Keja Kramer, venue de la Cité des Arts de Paris, propose des films courts où son imagination de jeune femme moderne explose, tandis que la plasticienne Eliane Chiron tire de l’image numérique des scènes où la nature se mêle aux élans de l’enfance. Le festival AVA n’a pas oublié les tout petits. L’Atelier vacances, une ONG située près du quartier de Cocody, expose des peintures naïves d’enfants. Ne sont-ils d’ailleurs pas les premiers à associer les couleurs. Dessin, gouaches restent les instruments de ces jeunes talents.

Couleurs primaires, couleurs vives, pots de peinture, matières végétales, résines, métal, bois, colle, filaments, filtres, caméras, zooms, projections, sont autant de moyens pour les artistes en quête d’inspiration d’appréhender notre univers. De l’engagement pour certains, un besoin vital pour d’autres comme pour Stenka, le peintre qui dit posséder des milliers d’œuvres inconnues du public dans son atelier de Bingerville. En attendant de les découvrir, celles qu’il a bien voulues dévoiler attendent de se faire admirer, tout comme les œuvres de nombreux artistes ivoiriens et étrangers. Les aficionados d’art contemporain ont jusqu’à dimanche prochain pour s’en mettre plein les yeux.